De Cantat à Benasayag, et inversement

Bertrand Cantat, chanteur du groupe de rock français le plus populaire, a cogné sa maîtresse à tel point qu’elle en est morte. Il est aujourd’hui en prison alors qu’il devait aller interpréter quelques-unes de ses œuvres au Larzac. Parce qu’il milite également dans une mouvance qu’on qualifie alertement de gauche alternative. Il lutte contre le capitalisme. A partir de lui, on peut dessiner une boucle, celle de militants, illustres ou anonymes, qui, dans leur majorité, tout en voulant changer le monde, continuent inexorablement à placer la « vie privée » dans une « case à part », un espace, qu’il faut bien se défendre de rendre publique et donc encore moins de réfléchir comme un lieu d’oppression. Un lieu donc où tout est permis puisque cela ne regarde personne. Une zone de non-droit.

Bertrand Cantat, auteur-compositeur-interprête du groupe de rock français le plus populaire, a cogné sa maîtresse à tel point qu’elle en est morte. Il est aujourd’hui en prison à Vilnius, en Lituanie alors qu’il devait aller interpréter quelques-unes de ses œuvres au grand rassemblement du Larzac2003. Parce que le chanteur milite dans une mouvance qu’on qualifie alertement de gauche alternative. Il lutte contre le capitalisme. Il est devenu, qu’il le veuille ou non, une des idoles d’un mouvement qui a choisi de poser les bases d’un autre monde. A partir de lui, on peut dessiner une boucle, celle de militants, illustres ou anonymes, qui, dans leur majorité, tout en voulant changer le monde, continuent inexorablement à placer la « vie privée » dans une « case à part », un espace, une sphère, un cachot pourquoi pas ! qu’il faut bien se défendre de rendre publique et donc encore moins de réfléchir comme un lieu d’oppression. Un lieu donc où apparemment tout est permis puisque cela ne regarde personne. Une zone de non-droit en quelque sorte.
A contrario, en dehors de cette poche, que je me permettrai de désigner par son nom, « le privé », tout peut devenir objet de critiques, système d’oppression, lieu de discrimination, carrefour de toutes les inégalités et j’en passe ! Ce domaine public ne garantit pas l’action collective, mais il peut en devenir le théâtre, une scène où l’individu-e est en représentation et la personne dans le trou du souffleur. Car enfin, comment peut-on distinguer le Bertrand Cantat « chanteur engagé », « frère d’écriture, de conviction et de cœur » et le Bertrand Cantat « lié plus que jamais à Marie. Unis et indissociables. Si ce n’est qu’elle est morte, et lui, vivant », comme le qualifient Hélène Chatelain, Claude Faber et Armand Gatti ? L’amour, la passion, la relation de couple, la copulation, seraient-ils autant de circonstances atténuantes pour le meurtre que le rockeur a commis ? Si ce n’est qu’elle est morte… J’hallucine ! Les acteurs de ce même cercle, de cette même boucle de transformateurs, sont-ils prêts à accorder les mêmes circonstances à ces individus, tous reconnus coupables des pires crimes : Messier, Sirven, … ou encore au patron de Total, complice de la junte birmane, à Bush, grand ordonnateur du monde, à Poutine, génocideur des Tchétchènes, … ? Ou encore, sont-ils capables d’ignorer les 350 mortes de Ciudad Juarez et, plus généralement, les disparues des maquiladoras au Mexique, les milliers de femmes « acidées » ou brûlées vives, les milliers de femmes, encore, tuées en toute impunité au nom de l’honneur… ? Sans parler des infanticides de petites filles en Chine, en Inde ou ailleurs, les millions de viols de femmes, de jeunes filles et d’enfants dans tous les pays en guerre ou en situation de post-conflit armé ou en Afrique du Sud où le sida tue, des milliers de femmes prostituées…
Je ne peux pas en faire la liste. Ça me tue… à petits feux. Juste un exemple, pour tenter d’atténuer ma colère. En quelle taille de caractère faut-il afficher sur tous les murs de la planète qu’il y a sept fois plus de décès comptabilisés chez les femmes russes, victimes des coups de leurs maris ou conjoints, que chez les morts de la guerre en Tchétchénie ? Car enfin, comme le souligne la Fédération Nationale Solidarité Femmes, « la relation de couple entre l’auteur et la victime est une circonstance aggravante et non atténuante ». En France, les violences conjugales tuent une femme tous les cinq jours, en blessent grièvement deux millions par an. Comment peut-on oser imaginer que les victimes soient complices de leur propre sort, qu’elles adoptent des attitudes ou comportements qui les transforment en collaboratrices et donc en coupables ? Que le « drame passionnel » – j’adore ! -, l’absorption d’alcool ou de drogue, soient les déclencheurs du passage à l’acte ? La violence des hommes à l’égard des femmes n’a pas besoin de tous ces artifices pour s’exprimer, pour la simple et bonne raison qu’elle est tolérée, voire suggérée – je ne développe pas ici sur la pub -, recommandée pour une bonne tenue virile et donc une bonne intégration sociale !
Je suis assez d’accord avec Miguel Benasayag : « Nous sommes au cœur d’une époque obscure. Nous faisons partie d’une toute petite et frémissante contre-offensive. Il faut construire en intensité l’alternative. Un autre monde est possible par d’autres choix de vie. Nous sommes à une époque de laboratoires sociaux », a-t-il déclaré au Larzac. Acteur de la boucle des altermondialistes que j’ai mentionnée plus haut, il fait partie des rares à reconnaître publiquement que le crime de Cantat s’apparente à la classique violence conjugale. Alors Miguel ? A quand un laboratoire sur le patriarcat et la domination masculine, piliers de tous les systèmes d’oppression, lieu-même où la déconstruction de l’individu-e doit s’opérer pour voir éclore des groupes constitués de personnes libres ? Au fait ! J’ai pas vu les coquards de Bertrand… et vous ?

30 août 2003

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