Hommage à Rita Edwards, féministe sud-africaine

ImageMilitante socialiste révolutionnaire, anti-apartheid, féministe, Rita Edwards est décédée le 21 mai dernier à Cape Town (Afrique du Sud), à l’âge de 59 ans des suites d’un cancer foudroyant.

Dans sa lutte insatiable auprès des plus marginalisés, pour et avec les femmes de la base, Rita a toujours récusé l’appropriation par les élites noires, hommes et femmes, arrivées au pouvoir à la chute de l’apartheid, des luttes des femmes en prise quotidiennement avec la réalité de son pays : l’inflation de la pauvreté, du chômage, la prolifération du sida, la privatisation des terres, des zones de pêche et autres lieux communs.

Au long de sa vie, elle a consacré son temps, pouvons-nous dire « trop » de son temps ?, à créer des mouvements de femmes ou féministes, des structures d’analyse théorique et d’éducation politique sur le genre, au travers d’une vision ouvertement révolutionnaire féministe. Elle croyait à l’unité, au dialogue, y compris avec celles qu’elles considéraient désormais, « trop académiques », « bureaucrates », « éloignées de leurs origines de classe, de race […] des pauvres ».

Bien que très discrète sur ses nombreux engagements, elle était à l’origine du New Women’s Movement, créé il y a une dizaine d’années pour faire face à l’institutionnalisation des luttes de femmes. Elle est restée très longtemps membre de la coalition d’ONGs Sangoco, et, avant d’occuper le poste de directrice de Getnet, une organisation qui dispensait entre autres des formations en genre, elle avait travaillé avec le Trust for Community Outreach and Education (TCOE) et le Women on Farms Project, qui s’occupaient des sans-terre.

Fille d’une famille de neufs enfants, elle a puisé dans son héritage la volonté de toujours mixer intellectualisme et militantisme, se qualifiant d’« éternelle étudiante » et alliant systématiquement modestie et humour.

A l’instar des volontaires des brigades internationales, elle n’a eu de cesse de faire fi des frontières tant politiques, qu’économiques, sociales, culturelles, raciales, générationnelles et géographiques. Son combat pour la justice, pour la liberté, méprisait les murs, réels et invisibles, et elle entendait résister encore longtemps contre toutes les formes d’oppression et de domination, sans compter son sacrifice.

Vous avez été plusieurs Francophones, africaines et d’ailleurs, à la croiser, lors du Forum d’Awid en novembre 2008, elle qui était venue à votre rencontre, sans hésitation aucune, animée qu’elle était par la conviction du nécessaire partage des luttes avec des « camarades » et de l’indispensable démystification de l’état des mouvements sociaux et féministes en Afrique du Sud, affaiblis par la mainmise de l’ANC.

Nous lui rendons ici hommage et la garderons dans nos mémoires, comme un modèle à suivre, une résistante féministe.

Ses camarades sud-africains ont écrit : « Les patrons, les élites, les xénophobes, racistes et sexistes, peuvent désormais dormir tranquilles. Une infatigable combattante est tombée ».

11 juin 2009

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