La citoyenneté est politique

Comment pouvons-nous aujourd’hui définir la citoyenneté ? qu’est-ce que recouvre ce terme ? recouvre-t-il la même chose pour tous ? partout dans le monde ? n’est-il pas galvaudé ? ou au contraire soustrait ? soustrait d’une réalité toujours plus difficile, distendue, obscène, dans ses écarts de richesse, mais surtout de droits/démocratie, d’égalité, de liberté. N’est-il pas grand temps de revenir à ce concept de base, dont l’origine prend ses sources dans la gestion de la cité, c’est-à-dire dans le politique. Car enfin disons-le d’emblée, la citoyenneté est politique et tous les efforts entrepris pour la dépolitiser sont autant d’entreprises pour ôter des droits, des libertés, renforcer les inégalités entre les citoyens, tous les citoyens du monde.

Selon Wikipedia, « De manière générale, un citoyen est une personne qui relève de l’autorité et de la protection d’un État et par suite jouit de droits civiques et a des devoirs envers cet État. Chaque citoyen exerce à sa façon la citoyenneté telle qu’elle est établie par les lois et intégrée dans l’ensemble des mœurs de la société à laquelle il appartient.», ce qui introduit un lien direct avec l’Etat et entérine l’idée que la citoyenneté peut s’exercer, c’est-à-dire que les citoyens peuvent bénéficier de droits, s’ils respectent des devoirs, le tout dans un cadre, la société, auquel de plus « il appartient ». La charge est donc lourde ! Plutôt que d’introduire les notions d’une citoyenneté ouverte, créative, active, l’encyclopédie « sociale » enferme, entérine, tolère de fait des inégalités.

Entre les citoyens et l’Etat dans un premier temps, tout simplement en ne nommant pas les droits et les devoirs de l’Etat, dont la seule tâche serait de créer des lois.

Mais l’Etat lui-même respecte-t-il les lois qui sont votées par le Parlement, par des personnes élues par l’ensemble des citoyens d’une nation ? Les applique-t-il ? La plupart du temps non. Ensuite, l’Etat crée-t-il toutes les lois qui garantiraient l’égalité de droits pour tous, y compris dans une même société ? Pour ne prendre que l’exemple du droit de vote, en France, les femmes ont attendu 1945 pour l’avoir, 1946 pour l’exercer et les immigrés ne l’ont toujours pas, même s’ils sont sur le territoire de longue date et participent de la production nationale, tant au niveau économique que social ou culturel. On serait d’ailleurs, à l’heure actuelle, plutôt sur le chemin inverse, celui de moins en moins de droits, de plus en plus de surveillance. Plus de cagoules. Plus de regroupement dans les cages d’escaliers… des HLM qui ont été créés dans les années 60 et plus tard, pour accueillir la même main d’œuvre immigrée. Ces restrictions, voire ces interdictions, visent d’ailleurs de plus directement des jeunes, des jeunes garçons.

Où est-on ? Dans quelle société ? Une société ou les citoyens sont de fait « endettés » vis à vis de l’Etat ? Débiteurs ? Redevables ? Les endettés sont rarement ceux qu’on croit. L’Etat fait des investissements dans la société et entend avoir des retours… sur investissement. Donc quand ceux qui s’annoncent ne sont pas ceux qu’il attend, il opte pour d’autres politiques, au mieux colmate les brèches, au pire détruit. Quand il investit dans le lien social, c’est pour que la société se « tienne mieux », ne fasse pas de vagues. Donc les vrais acteurs/créditeurs de cette paix sociale sont les citoyens eux-mêmes et non l’Etat. Ce qui fait que le débiteur est bien l’Etat vis-à-vis de ces citoyens et pas l’inverse.

Mais allons plus loin. C’est notre deuxième temps… continuons sur la même lancée. Qui assure ce lien social ? Partout, au travail, dans les quartiers, à la campagne, dans la famille… les femmes. Qui le dit ? Qui en tient compte ? Donc même si jusqu’à présent le terme « citoyen » n’a pas été « genré », c’est-à-dire n’a pas pris en compte l’analyse différenciée de la place des femmes et des hommes dans la société, il serait temps d’y venir. Le citoyen n’est pas sans sexe. Les citoyens hommes et les citoyens femmes, appelons-les les citoyennes, n’ont pas les mêmes droits. L’inégalité règne. Et les relations de dette aussi. Là aussi les débiteurs ne sont pas ce qu’on croit. Les femmes ne « doivent » rien aux hommes, comme les éternelles subalternes qu’elles sont censées continuer à jouer, y compris dans ses formes les plus modernes : s’intéresser au foot, jouer aux mêmes jeux électroniques, prendre les devant en termes de drague… Ces subalternes modernes non seulement continuent à connaître des inégalités de traitement en termes de droits civiques – elles sont plus au chômage, sont moins payées à qualification égale, sont exclues des postes de prise de décisions, tant dans le secteur privé, qu’au niveau national, au niveau des parlements, des équipes administratives… – mais surtout elles continuent à être maintenues dans un « magma », un flou social, qui tolère ces inégalités tout en faisant croire le contraire et surtout les entraîne dans son sillage.

Les femmes, et les jeunes femmes en particulier, tolèrent la place qui leur est allouée, sous prétexte que les relations avec les hommes auraient changé, qu’elles seraient indépendantes… Mais où se situe l’indépendance, la liberté, quand non seulement pour un poste donné, l’embauche est encore davantage accordée à un homme qu’à une femme, quand à la télévision, par exemple dans une émission de divertissement, sur 10 invités huit sont des hommes, mais surtout quand le droit à la sexualité des femmes est encore autant bafoué, notamment par sa seule expression via les violences que les femmes subissent, les viols, les agressions, aujourd’hui banalisées, dé-qualifiées, sous-qualifiées (en particulier dans les tribunaux) ? L’égalité entre citoyens est donc, comme celle des citoyens avec l’Etat, loin d’être acquise…

Il est grand temps de réfléchir à une citoyenneté qui revienne à ses origines. L’exercice et l’expression de son appartenance à une cité, qui reste à définir, et ne se cantonne pas aux frontières nationales. Un exercice et une expression qui puisse se faire dans la réciprocité, l’échange, la solidarité, l’égalité et la liberté.

15 août 2009

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