20 ans d’Internet alternatif – point de vue d’une féministe

IMG_2969En quoi le web associatif, l’hébergement mutualisé, les logiciels libres, les listes de diffusion et les comptes mails associés quand ils sont nés il y a à peu près vingt ans étaient alternatifs ? parce que ces outils techniques étaient simples ? parce que les techniciens étaient plus sympas que dans le privé ? moins chers ? dans la même rue que notre propre asso ? parce qu’ils défendaient les mêmes idées que nous ? sans doute un peu de tout ça. Mais pas seulement. Parce que l’usage de tous ces outils, ce que nous en faisions, la façon dont nous les utilisions, dont nous discutions avec les techniciens étaient ou se voulaient politique. Et pas technique. Notre relation avec les technologies de l’information et de la communication était politique. Politisée. Cela n’a pas été le cas de toutes les associations qui se sont servies des hébergeurs associatifs et des développeurs du libre comme de supermarchés de la technique. Si bien que la réflexion sur les enjeux des TIC n’a jamais réellement existé. Comme si les TIC échappaient au politique. Alors que tout le reste non. La situation actuelle n’est pas forcément pire qu’avant. Elle est plus criante et plus grave car il y a plus d’outils, plus de concentrations des oligopoles informatiques et des télécommunications, plus de pénétrations épistémiques, c’est-à-dire de contamination des pensées par les outils et non l’inverse. La technique dépasse le contenu. Le contenu se plie à la technique.

Ce manque de réflexion est une constante. Il repose sur un problème plus large que connaissent le monde associatif et les mouvements sociaux plus généralement qui négligent leurs stratégies de communication. La communication est considérée comme un domaine secondaire comparativement aux « causes » principales : la solidarité internationale, les sans papiers, les sans terres, le genre… Si bien que les contenus ne manquent pas mais ils ne sont pas visibles ou mal. On met des photos d’une manifestation d’expulsés du territoire français sur Facebook parce que ça se fait. Autant la manifestation a été réfléchie, suit une stratégie orchestrée de longue date contre les politiques de répression et sécuritaires de l’État français, autant arrivés aux frontières de l’Internet les questions du pourquoi, du comment, du qui, du où, du quoi, du quand… ne se posent pas. Comme s’il existait un mur d’enceinte virtuel de la réflexion. Internet peut dépolitiser l’action.

Ce domaine est tellement considéré comme secondaire que les structures ne sont pas prêtes à y mettre les moyens financiers, humains, de mutualisation… C’est sans doute le secteur où on cherche à faire le plus d’économies. Où on sous-paie le plus les prestataires. Alors qu’on en attend beaucoup puisque par définition on considère que c’est technique donc hors du domaine des compétences. Autant on va aller chercher des bailleurs pour financer des projets de solidarité internationale autant on ne va jamais militer pour qu’ils intègrent dans leurs crédits une ligne sur la construction ou le développement des outils Internet alors qu’ils en sont les premiers demandeurs. Comme si ces outils étaient gratuits. La gratuité de l’Internet est implicite pour tout le monde. Bailleurs et associations confondus alors que ce secteur est le plus rentable au monde après celui de l’armement. Dépolitisation là encore. Ensuite, indépendamment de l’aspect financier, alors que pour les autres actions, la participation, la coopération, la subsidiarité, la solidarité font partie du langage commun, une fois encore les usages d’Internet se font isolément. Chacun son web. Chacun ses squelettes. Chacun sa formule de listes, etc. il n’y a pas de partage, de mutualisation de moyens, de distribution de création. Pas d’économie d’échelle. De fait, les usages d’Internet ne sont pas des actions politiques.

Alors, pour ce 20e anniversaire, celui du web alternatif, plutôt que de débattre sur les outils déjà mis en place ou à mettre en place, il me semble pertinent de lancer la réflexion sur ce que les TIC changent au niveau des pratiques politiques et pas de continuer à bavarder sur ce qu’elles ont apporté ou sur ce qu’elles apportent encore. Ce qu’elles changent. Ce qu’elles politisent et en quoi elles politisent. Je peux témoigner d’ateliers de formation ou d’entretiens que j’ai réalisés en Afrique du Sud et au Sénégal. J’ai notamment pris beaucoup de représentantes d’organisations de femmes ou féministes en flagrant délit d’arrêt de réflexion sur les usages d’Internet. J’ai observé leur vision institutionnelle de ces usages autant que leur rejet/pessimisme d’une quelconque alternative s’agissant d’Internet. Paradoxalement, j’ai lu entre les lignes la détermination politique et l’aveu de l’ignorance des enjeux des TIC. S’est dessinée la perspective de renverser la tendance plutôt déprimante des usages actuels des TIC en partant au plus près des actions des orgas et pour chacune d’entre elles, pour chaque pas, chaque moment, chaque pion avancé, chaque tactique discutée, chaque mouvement lancé, discuter, adapter et associer usage pertinent des TIC. Ce que j’appelle « leur coller aux bask’ ». Les accompagner un moment puis les laisser. Elles sont preneuses. Surtout les jeunes en leur sein. « Les techniciens de surface », comme un jeune Malien s’est nommé.

J’ai commencé ce travail d’observation et d’analyse sur l’impact des usages Internet des organisations de femmes ou féministes sur les dominations masculine et colonialitaire (relative à la colonialité du pouvoir) en m’imaginant que le modèle des Pénélopes pouvait s’appliquer partout. Comme un décalcomanie. Une solution universelle. Je reste convaincue que dans son contexte, c’est-à-dire, entre 1996 et 2004, au tout début d’Internet et en Europe et plus particulièrement en France, le modèle d’agence féministe internationale que nous avons créé est une grande réussite. Avec tous ses supports, son magazine en ligne en trois langues, la télé, la radio… Je suis également certaine qu’aujourd’hui dans le même contexte géopolitique, il faudrait être beaucoup plus offensives, plus radicales, plus stratèges compte-tenu de la multiplicité des outils. Alors ailleurs, j’ai compris que cela n’est pas jouable. Qu’il n’existe pas de modèles préconçus, que chaque expérience est liée à un contexte et que chacune vaut d’être valorisée.

Missions des RSN et autres…

Facebook : “Giving people the power to share and make the world more open and connected.”, “Donner aux peuples le pouvoir de partager et de rendre le monde plus ouvert et connecté », http://www.facebook.com/facebook?v=info

Linkedln : ”Our mission is to connect the world’s professionals to accelerate their success. We believe that in a globalconnected economy, your success as a professional and your competitiveness as a company depends upon faster access to insight and resources you can trust.”, « Notre mission est de connecter le monde des professionnels afin d’accélérer leur réussite. Nous croyons que dans une économie globale connectée, votre succès en tant que professionnel et votre compétitivité en tant qu’entreprise dépendent de votre accès plus rapide à des informations et données sur lesquelles vous pouvez compter », http://press.linkedin.com/about/

Twitter : “We want to instantly connect people everywhere to what’s most important to them.”, « Nous voulons connecter les gens instantanément à ce qui est le plus important pour eux », http://twitter.com/ roncasalotti/statuses/24874092607832065

Google : « La mission de Google : organiser les informations à l’échelle mondiale dans le but de les rendre accessibles et utiles à tous », http://www.google.com/intl/fr/about/corporate/company/

Publication sur Google : « When you upload or otherwise submit content to our Services, you give Google (and those we work with) a worldwide license to use, host, store, reproduce, modify, create derivative works (such as those resulting from translations, adaptations or other changes we make so that your content works better with our Services), communicate, publish, publicly perform, publicly display and distribute such content. », « En téléversant ou en soumettant du contenu à nos services, par importation ou par tout autre moyen, vous accordez à Google (et à toute personne travaillant avec Google) une licence, dans le monde entier, d’utilisation, d’hébergement, de stockage, de reproduction, de modification, de création d’œuvres dérivées (des traductions, des adaptations ou d’autres modifications destinées à améliorer le fonctionnement de vos contenus par l’intermédiaire de nos services), de communication, de publication, de représentation publique, d’affichage ou de distribution publique dudit contenu. »

Joelle Palmieri – 4 mai 2012

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