Qui est pornographe ?

IMG_4435« C’est vraiment pornographique. Vraiment dégoutant. Vraiment… Pourtant je ne suis pas contre. C’est pas ça. Mais là vraiment… ». « Ah ! Tu parles du film de l’autre arabe là ? Ah ben tu penses… ». « De toutes façons, depuis l’histoire du mariage gay, on voit que ça. Ils sont partout. Vraiment. Même dans les émissions de divertissement. Vraiment, c’est dégoutant. » J’ai intercepté cette conversation entre femmes à mon cours de modelage. Je suis restée bouche bée. J’ai tout de suite compris. On était le soir de la sortie, le 9 octobre 2013, de « La vie d’Adèle », le film de Abdellatif Kechiche. « De toutes façons, les Palmes d’or, c’est que des navets », dit celle qui parle « arabe ». J’avais envie de demander à la critique d’art : « mais, on ne parle pas d’amour, de passion dans ce film ? ». Je me suis tue. Assaillie par l’avalanche des propos racistes, sexistes, homophobes. Tétanisée. J’ai regardé le plafond, histoire de me donner de la force. J’ai pensé : « je ne vois que ça des hétéros, au point que j’en ai la gerbe ; j’en entends tout le temps des blagues sexistes, racontés par des mecs lourds, auxquelles il est de bon temps de rire, y compris dans ce cours ; les violences faites aux femmes de plus en plus nombreuses appartiennent depuis belle lurette au registre de la pornographie sans compter que l’inverse est vrai ». J’ai dit à celle qui n’est pas contre : « T’as vraiment peur pour ton IRM du cerveau ? Faut pas tu sais… ». Et elles se sont toutes tues.

Et puis, la veille au soir, un incident à l’Assemblée nationale. Un ensemble de députées ont quitté l’hémicycle après qu’un parlementaire mâle est jugé bon de caqueter sur les propos d’une de ses collègues. C’était pas une première. La goutte a fait déborder le vase. De quoi se demander si ce comportement ne serait pas un peu pornographique. Caqueter. Imiter la poule. Une poule. Une put’ quoi. Et couvrir sa voix. Lui enlever. Lui arracher. Lui supprimer. Tout simplement. Vous avez dit dégoutant ? Je dis encore, dégueulasse. Au Rwanda, il a fallu un génocide, pour que les femmes soient considérées comme légitimes à l’Assemblée, avec 64% des sièges (résultats des dernières élections du 19 septembre), un record mondial. Certains émettent l’hypothèse que c’est le résultat de la diminution du nombre d’hommes, beaucoup ayant été tués pendant le massacre (10% de la population). D’autres celle que ce record représente le miroir des luttes des mouvements de femmes locaux. Faut croire qu’en France, on est encore très loin du compte… des comptes ? De la passion pour sûr.

Joelle Palmieri, 17 octobre 2013

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