J’en ai marre du 8 mars

IMG_5168Tiens ! Joelle, à propos de la Journée de la femme, tu as fait quoi ? Et moi, dans un long soupir, je reprends « la journée internationale des femmes, s’il te plait » et réponds finalement : « rien ». Comme si sur mon front était inscrit : « elle, elle doit faire quelque chose de spécial ce jour-là ». Or, là où je vis, rien n’est organisé à cette occasion. Rien. Ou encore, le jour J, sur un ton gentiment humoristique, genre à rebrousse-poil, les bons copains me disent à l’unisson : « comme c’est ta fête aujourd’hui, je t’embrasse davantage ». On plaisante. Mais pire. Une copine, féministe, écrit un chapeau pour un article sur la critique de cette journée. Et que vois-je ? Dans ce texte, s’est subrepticement glissé « Journée internationale des droits des femmes ». « Des droits ». Ça change tout. Toujours la dialectique des droits des femmes, au détriment de celle de leurs luttes. L’objectivisation versus la subjectivisation. L’institutionnalisation des luttes des mouvements de femmes par les organisations internationales[1] et leur obsession à dicter « l’égalité des droits entre hommes et femmes » sans prendre en compte la réalité de la hiérarchie sociale entre deux catégories: les hommes, qui dominent, et les femmes, qui sont dominées. Si bien qu’on légifère à tour de bras, sans que la réalité ne bouge, sans que les femmes, pire « la femme », deviennent sujets de leur temps, espace, pensée.

Je reviens au chapeau de ma copine. Comment a-t-elle pu faire cette erreur ? Les bras m’en tombent. Quelques années ont suffi pour que la pilule de la seule égalité des droits passe, y compris chez les féministes les plus aguerries. J’ai l’amère impression que le féminisme a rétréci. S’est amputé. Dans mon logiciel de traitement de texte pas adoré du tout, en mode révision, je supprime vivement cette terminologie « des droits » et lui demande si cela lui pose problème. Non. Ouf ! J’aurais au moins gagné cette lutte. Voilà, ce sera mon 8 mars à moi.

Joelle Palmieri – 13 mars 2014


[1] Le 8 mars 1977, l’Organisation des Nations unies adopte une résolution enjoignant ses pays membres à célébrer une « Journée des Nations unies pour les droits de la femme et la paix internationale ». Néanmoins, depuis lors, cette journée est communément appelée en français « Journée internationale de la femme ».

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Comments
One Response to “J’en ai marre du 8 mars”
  1. vouhe dit :

    Sur ce coup, je diffère! Pas sur le fond – oui, il s’agit bien des luttes et pas seulement des droits – mais sur la forme, l’intitulé … On est d’accord, journée de LA femme n’est pas acceptable (un candidat aux municipales ici a offert des marguerites en chocolat ! St Valentin, fête des mères et 8 mars dans le même sac). Mais pour la majorité des « gens » – et j’inclus les politiques, dire « DES femmes » ne change pas grand chose. Il faut sans cesse rappeler qu’il s’agit de lutter pour des droits, pour leur application, pas seulement leur promulgation, y compris de ces droits pour lesquels on ne votera jamais aucune loi (être grosse, partager la vaisselle, ne pas avoir d’enfant, avoir des amants multiples sans être traitée de p … la liste est longue!). Il faut y travailler, mais jeter le terme « droits » avec l’eau du 8 mars me semble un peu prématuré.

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