FIFA, Irak, même fond de commerce !

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© Corinne Provost

A Mossoul ou à Brasilia, se trame, sans qu’on n’en sache trop, le dernier tango des tricheurs. Des flambeurs. Des ramasseurs d’oseille. Des tirailleurs de biffetons. Blasés, aigris, tristes, ils errent dans les villes à la recherche d’un dernier frisson. Sous des allures de guerre civile d’un côté et de fête internationale se voulant universelle de l’autre, les champions de la corruption comptent leurs dernières cartouches et avec elles leurs derniers points. Dans les deux cas, des femmes font tampon : réfugiées ou objets sexuels en masse.

En Irak, depuis le 10 juin dernier, l’organisation djihadiste État islamique en Irak et au Levant (EIIL) occupe Mossoul (deux millions d’habitants, deuxième plus grande ville du pays), la région de Ninive, et avec elles, six secteurs de la province pétrolière de Kirkouk et deux de la province de Salaheddin. Comment cela a-t-il été possible ? Dirigé depuis mai 2006 par le chiite Nouri al-Maliki, mis au pouvoir par les États-Unis, le gouvernement irakien alloue dans son budget annuel 3 milliards à son seul armement et un montant égal aux couts opérationnels, salaires, et dépenses quotidiennes, le tout à ajouter au 1 milliard dédié au budget d’urgence du ministre de la Défense. Pourtant, ce 10 juin, les 600 000 soldats que compte l’armée irakienne avaient mystérieusement disparu. Corruption, confusion politique, manque de consultation dans le maintien de la sécurité, sectarisme, toutes les hypothèses ont été émises. Certains militaires sont accusés de vendre leur essence, véhicules, armes, d’organiser la contrebande de prisonniers et le racket des populations, si bien que l’EIIL ne rencontre pas de peine à se fournir ou à rassembler des fonds.

L’actualité brésilienne impose de se pencher sur les affaires footballistiques. Cinq millions de dollars versés par un ancien haut responsable du football qatari, membre exécutif de la FIFA pour le Qatar, pour obtenir le soutien de ses collègues internationaux à la candidature de son pays pour le Mondial 2022. 42 millions versés par an par Nike jusqu’en 2018 à la sélection nationale française, après les colossaux 125 millions d’euros sur 10 ans en 1998 attribués à l’équipe brésilienne, ou plutôt sa fédération, tels sont les chiffres qu’on croise dans les couloirs du football. Conséquences, coûts de transfert de joueurs démentiels, joueurs non markettés cachés sur les photos officielles, joueur malade sur la pelouse…

Des similitudes dans la façon d’agir ?

Voyons plus loin.

En Irak, un rapport d’une ONG humanitaire américaine – « ‘No One Is Safe’: Abuses of Women in Iraq’s Criminal Justice System» (« ‘Personne n’est en sécurité’: Abus à l’encontre de femmes dans le cadre du système de justice pénale en Irak ») – révélait en février de cette année que l’État maintient « illégalement » en détention des milliers de femmes irakiennes et leur font subir des tortures et d’autres mauvais traitements, y compris des menaces de violences sexuelles. Ces femmes, sunnites ou chiites, sont ciblées en tant que potentielles auteures de crimes mais également en tant que femmes de… membres masculins de leur famille ou de leur communauté. Dans leur grande majorité, elles ne sont pas assistées d’un avocat avant ou pendant leur interrogatoire, ce qui est contraire à la loi irakienne, ni lorsque les forces de sécurité leur présentent des dépositions à signer, ni pendant leur procès, soit parce qu’elles n’en ont pas les moyens financiers, soit parce que les avocats craignent de s’occuper de dossiers sensibles sur le plan politique. 
Les magistrats n’ouvrent pas d’enquêtes. Là encore, accusé de corruption, le système judiciaire est convaincu de dysfonctionnements et d’arbitraire. On n’insiste pas assez pour rappeler que, pendant leur incarcération et à leur libération, elles deviennent stigmatisées par leur famille ou leur communauté, qui les considèrent comme déshonorées. On peut alors parler de manipulation pour le moins, voire d’instrumentalisation des femmes, et comme violence sexuelle il y a, instrumentalisation du corps des femmes.

À l’autre bout du monde, alors que le Brésil accueille pour la Coupe du Monde environ 600 000 visiteurs, des affiches « L’exploitation sexuelle des enfants est un crime » tapissent les murs de Sao Paolo, Rio, Porto Alegre… Car les supporters ne viennent pas que pour le foot. Ils savent où ils mettent les pieds : une des destinations où le tourisme sexuel domine. En 2011, selon les chiffres de la police fédérale, 250 000 enfants se prostituaient. Aussi l’État a décidé de légiférer. Par exemple, depuis 2009, l’exposition et la vente de cartes postales représentant des femmes dénudées sont interdites. Pourtant, Adidas a mis sur le marché américain deux tee-shirts sexistes. Le premier, orné du slogan « I love Brazil », affiche une paire de fesses de femmes en string. Le second expose une jeune femme en bikini, ballon à la main, avec une inscription, « Looking to score » qui peut vouloir dire « envie de marquer un but » mais aussi « envie de conclure »… Le foot et ses sponsors seraient-ils au-dessus des lois nationales ?

Dans les deux cas, la corruption fait loi, et le corps des femmes se transforme en burette à huile indispensable à la machine à billets d’hommes dominants, eux-mêmes machines à reproduire le capitalisme.

 

Joelle Palmieri, 16 juin 2014

 

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