L’innovation par les TIC est-elle aveugle au genre ?

IMG_1617L’analyse de genre de l’appropriation citoyenne des technologies de l’information et de la communication (TIC), parmi lesquelles l’étude des usages du Web 2.0[1], incluant les réseaux sociaux et ou l’engagement dans le mouvement du libre[2], c’est-à-dire l’analyse des usages sociaux des TIC différenciée selon l’appartenance de genre, se révèle le plus souvent invisible ou au mieux se mesure de façon quantitative. L’analyse qualitative n’est pas encore substantielle et se limite le plus souvent à l’étude de ces usages en Amérique du Nord et en Europe de l’Ouest.

En Afrique, l’innovation par la déconstruction de la « société de l’information »[3] que les TIC supportent n’est pas vue par les organisations de femmes ou féministes comme prioritaire et n’est pas identifiée comme telle. La majorité des femmes et de leurs organisations ne s’approprient pas massivement les TIC. En particulier, en Afrique du Sud et au Sénégal, où les infrastructures de TIC sont les plus développées du continent, quand des organisations de femmes utilisent les TIC, elles le font à des fins plutôt commerciales afin de « vendre » l’organisation auprès de bailleurs susceptibles de financer leurs actions. Ces organisations sont peu informées de ce que la « société de l’information » inclut, de ses enjeux et des mouvements qui la traversent. Pourtant, une majorité d’entre elles font le constat que l’accélération de la gestion de la vie quotidienne des femmes (augmentation des violences, de la pauvreté, monétarisation des échanges, réduction des services publics, de l’accès aux ressources…), ensemble de phénomènes véhiculés dans une spatialité et une temporalité de plus en plus réduites par les TIC, rétrécit leur champ d’action et modifie leur emploi du temps. La « société de l’information » a des impacts sur leurs activités.

La question qui se pose alors est de savoir si les inégalités de genre existantes dans la « société de l’information »[4] doivent se réduire au constat de la globale non-appropriation de ces technologies par des femmes et leurs potentielles organisations ou s’il ne convient pas d’interroger le contexte où les TIC sont utilisées, à quelles fins, par quels acteur-trices, y compris dans la phase moderne du développement de ces technologies.

La réponse à cette question en amène une seconde : limiter les recherches aux problèmes d’inégalités entre les genres dans l’usage des TIC n’interdit-il pas de sortir les femmes utilisatrices de l’Internet de leur rôle de consommatrices en attente ? Se questionne alors le dictat ambiant, relayé tant par les organisations internationales, par les médias d’information, ou encore par certain-es sociologues de l’innovation par l’appropriation citoyenne des TIC, selon lequel « il faut être connecté-e » pour participer du monde contemporain et de la socialisation de ses individu-es.

Force est de constater que cette injonction à être connecté-e à l’adresse des personnes, et en particulier des femmes non connectées au réseau ou qui l’utilisent à des fins de travail ou de consommation, transpose le lieu d’action des femmes et de leurs organisations du réel au virtuel. En opérant cette transposition, elle déplace les causes de la faible visibilité des rôles politiques et des responsabilités sociales que les femmes dans leur grande majorité endossent quotidiennement (santé, éducation, nutrition des ménages), du collectif politique (division entre sphères privée et publique) à l’individuel symbolique (le peer to peer[5], l’« ami » Facebook, l’individualisation par les blogs[6]…). Loin de résoudre la question globale des inégalités de genre partout où elle se pose, cette obligation la nie.

Aussi les engouements variés pour le Web 2.0 reflètent-ils une certaine adaptation aux sociétés contemporaines en étant globalement aveugles aux disparités et à l’existence d’identités différenciées de genre. En effet, la mouvance favorable au développement des usages des réseaux sociaux numériques et des logiciels libres, souvent qualifiée de « révolutionnaire », telle qu’elle se manifeste majoritairement, discute le contexte mondialisé de la « société de l’information », sans vraiment le questionner sur le terrain des inégalités de genre ou des rapports de domination (genre, classe, race[7]) qui la vertèbrent[8]. Cet article propose de démontrer que ces mouvements et leurs théoricien-nes ont le plus souvent une approche conformiste de l’innovation, de la participation et de la créativité. En particulier, les théoricien-nes de l’appropriation des usages des TIC par l’innovation, qui développent une analyse universaliste abstraite, se privent d’une caractérisation de la « société de l’information » par l’analyse des rapports de force qui la structurent. Ces mêmes rapports de force donnent notamment lieu à des politiques de brevétisation (privatisation du savoir, de l’information et des connaissances) et de financiarisation du secteur, autant de dégâts collatéraux de la « société de l’information » que ces théoricien-nes déconstruisent et discutent. A ce titre, leur théorisation appelle critique.

Depuis un peu moins de vingt ans, j’étudie la problématique « Genre et TIC » et, plus récemment, la réalité des impacts politiques des usages de l’Internet par des organisations de femmes ou féministes au Sénégal et en Afrique du Sud sur deux formes de domination respectivement identifiées comme masculine et colonialitaire (liée à la colonialité du pouvoir, de l’être, des savoirs…). Cet article inclut des éléments d’entretiens menés dans les deux pays entre novembre 2008 et février 2009 auprès de représentant-es d’organisations de femmes ou féministes, d’instituts de recherche travaillant sur le genre, ayant accès à l’Internet, ayant ou non des supports Internet, ainsi que des organisations intervenant principalement sur la création numérique ou l’utilisation du Web 2.0, mais ne travaillant pas sur le genre.

Dans cette perspective, une grille critique sensible au genre a été utilisée afin d’étudier les usages innovants des TIC et la sociologie qui les accompagne. Cette grille permet de mieux identifier le contexte majoritairement masculin dans lequel les TIC se développent et s’étudient. En élargissant le constat de l’inégalité entre les genres dans les usages innovants des TIC à l’investigation sur les causes qui produisent ces inégalités, mon approche permet de prendre en compte l’impact de l’hypermodernité[9] et des systèmes épistémiques dominants et patriarcaux sur les usages des TIC par les femmes. En même temps, cette approche tente d’intégrer l’impact de la sociologie de l’innovation par les TIC sur ces systèmes.

Dans cet article, je propose d’interroger la logique réductrice des inégalités de genre dans les usages sociaux des TIC selon trois axes. Le premier tente de qualifier la sociologie de l’innovation par les TIC avec une perspective de genre. Le deuxième axe envisage de se servir de l’exemple du mouvement du libre afin d’analyser en quoi et pourquoi le cloisonnement des mouvements augmente la faiblesse des usages sociaux des TIC par des femmes et creuse les relations hiérarchisées du pouvoir (genre, classe, race), accentuées par la « société de l’information ». Le troisième axe s’intéresse aux perceptions décalées que les acteur-trices africain-es ont de l’ensemble de ces usages.

Ces axes d’investigation permettent de confirmer que la sociologie de l’innovation par l’appropriation citoyenne des TIC et les mouvements qui l’accompagnent en étant aveugles au genre alimentent les fondements inégalitaires de la « société de l’information » qu’ils critiquent.

La négligence des rapports du genre par les concepteurs et théoriciens des réseaux sociaux et du web dynamique

Les réseaux sociaux numériques (Facebook, MySpace, LinkedIn, Twitter…) et le web dynamique représentent les formes contemporaines des outils de la « société de l’information ». Initialement au service des intérêts sécuritaires et militaires[10] des pays d’Europe de l’Ouest et d’Amérique du Nord, les TIC, outils servant les fondements de la « société de l’information », incarnent des stratégies explicites ou latentes au service de la mondialisation. La mondialisation de l’économie aussi bien que des relations politiques et hiérarchisées de savoirs à l’échelle internationale, s’appuie depuis plus de vingt ans sur ces outils dans le but d’accélérer autant les échanges, que les savoirs ou la vente de matières premières, de titres financiers, ou de corps humains[11]. A ce titre, la « société de l’information » renforce les rapports de domination existants, entre anciens territoires colonisés et nouveaux Etats expansionnistes, entre Etats et populations, entre savants et non savants, entre riches et pauvres, entre hommes et femmes, entre dominants et dominés[12]… La « société de l’information » est productrice d’inégalités entre les genres, au titre qu’elle renforce les inégalités de droits entre hommes et femmes et hiérarchise les identités sexuelles, le masculin restant dominant dans tous les espaces où elle se manifeste[13]. Intégrée dans le quotidien, y compris dans des lieux où l’accès aux TIC est plus limité, la « société de l’information » se révèle être le produit de la mondialisation et des rapports de domination qu’elle entretient autant qu’elle en favorise la production.

Ce cadre d’implémentation du Web 2.0 étant posé, la question de la création et des usages des outils qui le composent permet de mieux cerner les espaces où ces rapports de domination sont susceptibles de s’exercer et de s’intensifier ou au contraire de se délayer.

Les opérateurs informatiques, Microsoft, Google, Yahoo !, ou les créateurs de réseautage numérique, Facebook, MySpace (YouTube), Linkedln, Twitter, sont toutes des entreprises privées nées aux Etats-Unis. Les produits développés, logiciels, plateformes Internet qui forment aujourd’hui le Web 2.0 et qui ont vocation à ce que l’internaute soit « moins passif » qu’avec le Web 1.0, ont pour leur très grande majorité été créés aux Etats-Unis, sinon plus globalement en Occident, par de jeunes hommes américains. Ces entreprises privées nourrissent un marché des télécommunications et s’installent dans un jeu de concurrence économique en cherchant les meilleurs profits financiers. Elles peuvent pour certaines afficher un but philanthropique ou social. Les missions des entreprises créatrices de ces réseaux sociaux sont à ce propos éloquentes : Facebook : “Giving people the power to share and make the world more open and connected.”[14] ; LinkedIn : ”Our mission is to connect the world’s professionals to accelerate their success. We believe that in a global connected economy, your success as a professional and your competitiveness as a company depends upon faster access to insight and resources you can trust.”[15] ; Twitter : “We want to instantly connect people everywhere to what’s most important to them.”[16] Par ces missions, les créateurs et dirigeants de ces entreprises s’arrogent la mission d’« ouvrir » le monde, de favoriser l’échange entre les individu-es du monde entier, d’où qu’il-elles soient, de comprendre ce qui est « le plus important » pour ces individu-es.

Ces objectifs, sans que je ne mette en cause leur vocation à vouloir bien faire, en ne cherchant pas à identifier les individu-es à qui les plateformes collaboratives s’adressent, en les assimilant, traduisent une intention bienveillante à apporter appui, soutien, depuis des personnes qui « savent »[17] les TIC – les dirigeants des entreprises ayant ces objectifs – à celles qui ne savent pas les TIC. Mus par un idéal technologique, leurs auteurs ignorent la diversité tout autant que les inégalités sociales, qu’elles soient de genre, de classe, de race ou d’âge. Ils s’abstraient de l’histoire autant que de la sociopolitique. En négligeant les inégalités et les rapports de pouvoir qui régissent les relations sociales, ils distillent une vision du monde qui aplanit les différences et inégalités, voire les ignore. Leur croyance en leur rôle messianique trahit, sans pour autant que leurs auteurs s’en prévalent, une vision occidentalo-centrée et masculine des rapports de domination et des règles qui les gouvernent. Cette vision exprime implicitement une forme de « colonialisme moderne », d’universalisme, emprunt de paternalisme missionnaire, que je qualifie de colonialité numérique (à la jonction de l’hypermodernité et de la colonialité du pouvoir)[18].

Les usages techniques et technologiques que ces entreprises ont créés font l’objet de nombreuses études se basant sur de multiples théories. Selon Ny Aina Rakotomalala Harisoa, consultant franco-malgache en « TIC et développement local », cette notion traverse au moins deux approches : la diffusion et l’appropriation d’une part et l’innovation d’autre part[19]. La première s’intéresse à la prise de décision des usager-es, entre adoption et rejet[20], suivie par la deuxième qui étudie le processus d’intégration d’une innovation technique dans la vie quotidienne des usager-es[21]. Le concept d’appropriation, hérité du concept marxiste de « l’appropriation des moyens de production »[22], fait ici référence à un processus de construction individuelle ou sociale : « l’appropriation est un procès : elle est l’acte de se constituer un soi »[23]. Selon le sociologue et spécialiste québécois des médias Serge Proulx, « les usages sociaux sont définis comme des patterns d’usages d’individus ou de collectifs d’individus (strates, catégories, classes) qui s’avèrent relativement stabilisés sur une période historique plus ou moins longue, à l’échelle d’ensembles sociaux plus larges (Groupes, communautés, sociétés, civilisations »[24]. A ce titre, l’appropriation de ces usages sociaux est conçue comme la maîtrise technique et cognitive de l’objet, son intégration dans la pratique quotidienne, son usage répété et des répercussions en termes de créativité sociale. Elle se mesure surtout par l’infléchissement des politiques publiques tout autant que par les processus d’innovation mis en œuvre au travers de ces usages.

Le sociologue français Dominique Cardon qualifie la position de l’« usager », différent du « lecteur », de l’« auditeur » et du « téléspectateur », parce qu’actif et participatif, non passif[25] : « La possibilité de communiquer, de produire et d’échanger avec les TIC invite à définir ceux qui les utilisent en soulignant la dimension active, symétrique et participative de leur engagement avec les technologies »[26]. Au titre de cette définition de « nouveaux » usagers, conçus comme actifs, volontairement comparés à ceux des médias classiques, il explique les « innovations » propres à la « société de l’information » que ces usagers génèrent notamment par l’appropriation des logiciels libres, des outils coopératifs de publication, du wifi, du P2P, des blogs, etc. Selon le sociologue, ces innovations seraient caractérisées par le fait qu’elles ne sont pas initiées « par le haut » : « On définira les innovations par l’usage (aussi appelé “innovations ascendantes” [bottom-up innovations] ou “innovations horizontales”) comme des innovations technologiques ou de services qui naissent des pratiques des usagers et se diffusent à travers des réseaux d’échanges entre usagers »[27].

Le sociologue français Olivier Blondeau s’intéresse en particulier à l’Internet, emprunte à Arjun Appadurai le terme « mediascape », afin de définir un espace dans lequel il considère que se construit un nouvel imaginaire politique qui « fait sens » à l’échelon mondial. Il qualifie cet espace de « laboratoire d’expérimentation politique » qui permet de « renouveler les causes, de reconfigurer les répertoires d’action de l’action politique, leurs intrigues narratives et leurs dramaturgies esthétiques »[28]. Le journaliste français Francis Pisani, partant de la définition du web qui repose sur une structure hypertexte, affirme que « ce sont les liens qui font le réseau (et non pas l’enveloppe), les relations (et non pas l’appartenance) »[29]. Il ajoute d’ailleurs que ces relations « sont devenues essentielles pour comprendre le monde ».

Dans le prolongement de cette analyse, Luciano Floridi, philosophe italien de l’information, considère que « nous assistons à une quatrième révolution », celle de la révolution numérique, où des « inforgs », « des organismes qui sont sémantiquement omnivores, capables de traitement sémantique et d’interactions intelligentes », sont les internautes dans leur ensemble, qui « colonisent » eux-mêmes et à leur profit l’Internet[30].

Pour ce qui concerne l’avènement du Web 2.0, l’éditeur et essayiste américain Tim O’Reilly affirme que le « plus grand nombre » des « utilisateurs » considère le Web 2.0 comme une « plateforme » productrice de richesses, « créant des effets de réseau par le biais d’une “architecture de participation” »[31]. Luciano Floridi propose une autre définition tenant pour acquis la forme « participative », sans intermédiaires et ouverte de la plateforme introduite par Tim O’Reilly : « Le Web 2.0, c’est-à-dire le Web participatif, efface les barrières entre la production et la consommation de l’information en introduisant moins de friction au sein d’une ou de plusieurs phases du cycle de vie de l’information (depuis sa production jusqu’à son utilisation en passant par son traitement et sa gestion), ou efface les barrières entre les producteurs et les consommateurs de l’information »[32].

Afin d’appuyer leur thèse, ces différents théoriciens analysent l’émergence récente des réseaux sociaux numériques, considérés comme de « nouveaux cadres favorables à l’émergence de véritables innovations par l’usage » de l’Internet[33]. Francis Pisani considère que de « nouvelles dynamiques relationnelles privilégient l’approche bottom-up et placent la participation comme la clé de réussite de tout processus d’innovation ascendante basée sur la coopération ». En effet Francis Pisani écrit : « Notre hypothèse, ici est que, depuis 2004, le web a donné lieu à l’émergence d’une nouvelle “dynamique relationnelle” »[34]. Il caractérise cette dynamique par la participation massive de « millions d’individus et de petits groupes largement informels », qu’il nomme « webacteurs » à des entreprises comme Google, YouTube, MySpace ou Facebook. Dominique Cardon évoque les « vertus politiques » de ces réseaux sociaux en cela qu’ils ne se contentent pas d’ouvrir un espace public, qualifié d’« oligarchique », à de nouveaux interlocuteur-trices mais « pluralisent et distribuent autrement les formes de la parole politique, en empruntant des langages et en habitant des espaces que la politique conventionnelle, bien souvent, ne sait pas reconnaître »[35].

Plus intéressée par l’approche par le territoire, Gulum Sener, chercheure en sociologie à l’EHESS, fait remarquer, dans le cadre de son étude des usages des réseaux sociaux par les jeunes Turcs, que ces réseaux sociaux sont à l’origine de nouvelles formes de socialisation pour les usager-es, médiatisant leur privé sur un espace public et que « les frontières entre le public et le privé deviennent de plus en plus floues dans la vie sociale »[36]. Elle rejoint ici les analyses de Dominique Cardon sur l’existence d’un « clair obscur » entre canal privé et canal public[37].

A lire ces scientifiques, les « webacteurs » dont il est fait mention, ou les utilisateur-trices de ces réseaux, seraient de sexe, d’âge, de milieu social, ethnique et géographique neutres. Or, des études montrent qu’il-elles se situent massivement en Amérique du Nord et en Europe de l’Ouest, sont jeunes et majoritairement des jeunes hommes ayant un emploi.

Selon une étude de 2008 intitulée « Social Networking Survey » de Synovate[38], 58% des personnes interrogées sur dix-sept marchés dans le monde[39] ne savent pas ce que sont les « réseaux sociaux ». Parmi les personnes interrogées dans le cadre de ma recherche, seules deux jeunes femmes âgées de moins de trente ans les évoquent, dans la perspective de créer des réseaux locaux, de rappeuses au Sénégal et de jeunes féministes en Afrique du Sud. Les autres personnes interrogées ont pu en entendre parler mais ne cernent pas bien de quoi il s’agit. Cette méconnaissance traduit un sentiment plus général selon lequel la « société de l’information » serait, comme elles le disent elles-mêmes, « trop technique », « trop cher », « peu accessible », « étrangère », « hors de la réalité », « non-prioritaire », « réservée aux hommes qui savent ».

Ce sentiment est validé par la carte mondiale des réseaux sociaux[40]. L’utilisation des outils proposés par les entreprises privées qui régissent les réseaux sociaux numériques continue à caractériser, quinze après la généralisation de l’Internet, une géographie des réseaux numériques où les zones grises restent largement situées en Afrique (en dehors du Maghreb, du Sénégal et de l’Afrique du Sud).

Les couleurs indiquent les marques des réseaux sociaux utilisés. Ce qui est en gris représente les zones où ces réseaux ne sont pas utilisés.

Cette cartographie contredit Luciano Floridi qui enrobe dans un « nous » théorique une communauté qui aurait tout à gagner des TIC, en se référant à la capacité de l’espèce humaine à penser, ce qui la distingue de toutes les autres espèces vivantes : « Les technologies de l’information et de la communication ont atteint un stade où elles pourraient assurer la présence stable, l’accumulation, la croissance et la disponibilité de plus en plus grande de notre humus sémantique »[41]. Tout en s’appropriant le même « nous » théorique, Francis Pisani ne caractérise pas les « webacteurs » auxquels il fait référence en termes de sexe, de classe, de race, d’âge, de situation géographique et ne définit pas quelle est la nature de leurs relations avec les entreprises propriétaires des réseaux sociaux numériques.

Dominique Cardon nuance ce « nous » générique et propose une caractérisation anthropologique de ces usager-es : « Ce sont en effet des étudiants bricoleurs et passionnés de musique qui sont à l’origine de la conception des systèmes de P2P qui ont permis un usage massif et populaire de l’Internet haut débit. Ce sont des militants associatifs américains qui ont été chercher une fréquence inutilisée de la bande radio, le 802.11, ou “wifi”, pour faire décoller le haut débit radio que les industriels tardaient à initier. Ce sont des informaticiens férus de culture générale qui ont initié la conception collaborative d’une encyclopédie universelle et multilingue, Wikipedia, qui rivalise aujourd’hui avec les produits éditoriaux du secteur »[42]. La caractérisation masculine et occidentale de ces usagers porteurs d’innovation reste implicite car non nommée. De la même façon, la communauté de ces acteur-trices n’est pas analysée comme dominée par le masculin. Néanmoins le sociologue précise que cette communauté est hiérarchisée et très individualisée : « Contrairement à l’idée souvent véhiculée par les défenseurs des innovations à base coopérative, le développement “technique” de ces innovations est rarement une production collective élargie. Il cache souvent un groupe restreint de fondateurs et une véritable hiérarchie dans les formes de participation à l’innovation, même si cette hiérarchie est parfois masquée afin de ne pas entrer en contradiction avec le discours égalitaire des promoteurs de ces innovations »[43].

En effet, cette hiérarchie est reflétée par l’absence presque générale des femmes et de leurs organisations dans les débats et actions qui traversent la question de l’appropriation citoyenne des TIC[44]. Selon Chat Garcia Ramilo, coordinatrice régionale du programme de femmes de l’Association pour le progrès des communications (APC), les femmes ne participent pas de l’élaboration « des règles, des structures, des standards et des outils de nouvelles technologies »[45]. Aussi, ce monde ne serait pas fait pour les femmes et leurs organisations. Cette argumentation, majoritairement reprise par les décideurs des politiques de TIC[46], mais aussi par des théoriciens et mouvements qui les critiquent, entérine une pauvreté économique intrinsèque des femmes, prétexte pourtant aujourd’hui déplacé dans la majorité des pays où les stratégies commerciales en matière d’accès aux TIC convergent vers la consommation de masse et donc de très faibles coûts de connexion[47].

D’ailleurs, la sociologue britannique Judy Wajcman constate l’absence d’analyse de genre dans les recherches en sciences sociales sur les technologies et la situe en amont des études postulant l’interpénétration de la technique et de la société[48]. La sociologue française Josette Jouët analyse par ailleurs une sexualisation des machines : le téléphone portable par exemple serait féminin et l’informatique masculine[49]. L’historienne et cyberféministe américaine Donna Haraway pense à propos des TIC et des relations qu’ils instaurent, qu’ils peuvent également créer des mythes. Les frontières entre outils des TIC et mythes s’estompent : « On peut en partie comprendre les technologies et les discours scientifiques comme des formalisations, c’est-à-dire comme des moments gelés, des interactions sociales fluides les constituant, mais on pourrait aussi les voir comme des instruments pour mettre en vigueur les sens. La frontière qui sépare l’outil du mythe, l’instrument du concept, les systèmes historiques des relations sociales des anatomies historiques de corps possibles, les objets du savoir inclus, est perméable. En effet, le mythe et l’outil se désignent mutuellement »[50].

Interroger cette hypothèse sur la perméabilité entre outils et mythe est particulièrement pertinent à l’échelle de l’Afrique. En effet, comment s’adapter, déplacer, détourner, étendre des usages dits sociaux, quand le sujet, l’usager, est socialement, politiquement, économiquement, culturellement éloigné, de son plein gré ou involontairement, de l’apprentissage ou de l’approche technique, de leur intégration dans la vie quotidienne et des processus de discussions des politiques publiques ? Ou encore, peut-on créer et développer des usages sociaux des TIC quand on vit une exacerbation des rapports de domination ? Si oui, lesquels ? Comment sont-ils caractérisés ? En quoi existe-t-il des similitudes et des singularités avec les usagers ne vivant pas dans le même environnement ? Autrement dit comment la majorité des femmes d’Afrique peuvent-elles être ou devenir des usagères sociales des TIC et comment sont-elles à même de créer des usages innovants ? Comment et quand peuvent-elles se créer un « soi » ? Quelles sont les formes sous lesquelles il s’exprime ? Les réponses à l’ensemble de ces questions sont peu documentées alors que des expérimentations africaines existent qui innovent par la théorisation des usages des TIC pour le genre, et non simplement du genre dans les TIC[51].

Ces expériences, dont l’exemple de l’usage citoyen des TIC par des jeunes en Afrique de l’Ouest francophone pour l’abandon de l’excision[52], interrogent la pertinence de devoir être connecté-e au réseau pour agir dans le monde et éventuellement le transformer. Or, la majorité des théoriciens de l’appropriation des TIC par les usages sociaux ne discutent pas cette injonction. En cela, ils adoptent la théorie de l’hypermodernité. Par ailleurs, en ne se réappropriant pas les théories sur les différents rapports de domination, ils négligent les impacts des usages des TIC sur les inégalités. Par exemple, même si Gulum Seler et Dominique Cardon mettent l’accent sur le floutage entre privé et public dans la socialisation des individu-es, ils ne s’appuient pas sur la pré-existence de la division sociale entre sphères privée et publique et ses conséquences, telle qu’elle est décrite dans la théorie féministe comme imposée par le patriarcat[53].

En ne prenant pas en compte ces situations sociales, politiques, économiques, culturelles et géographiques, la proposition de définition des usagers des TIC par la majorité des théoricien-nes de l’appropriation sociale des usages des TIC, comme les objectifs des créateurs du Web 2.0, sont réducteurs, aveugles au genre et occidentalo-centrés. Ils sont universalisants.

Cette lacune scientifique, ce vide théorique peut trouver une explication dans l’analyse du cloisonnement des mouvements. Au sein des mouvements sociaux mondiaux[54], incluant tant le mouvement altermondialiste[55], le mouvement des logiciels libres ou les mouvements de femmes ou féministes[56], les passerelles sont toujours difficiles à établir, voire s’effritent.

Le cloisonnement des mouvements à l’origine des faibles usages sociaux de TIC par les femmes

Au titre de ce vide, le mouvement du libre demeure l’exemple à explorer en profondeur. Il présente un fonctionnement à deux faces qui sont antinomiques. D’un côté les discriminations sexistes internes sont plus fortes que dans le monde du logiciel propriétaire[57]. De l’autre côté, ces discriminations sont implicitement assumées par une majorité de ses militants masculins. Pourtant ces militants se revendiquent « révolutionnaires », en marge d’une société dite de captation, de brevétisation, de contrôle, de consommation, verticale, non collaborative et non participative. La contradiction flagrante entre éléments moteurs de mobilisation au sein de ce mouvement et comportements développés au sein du même mouvement, en se perpétuant, forme un indicateur qu’il convient d’analyser en termes de cloisonnements des mouvements et plus largement en termes de pertinence des « alternatives anticapitalistes » proposées.

La cartographie des femmes dans le mouvement des logiciels libres atteste des discriminations de genre qui le traversent. Sur cent développeurs informatiques du libre, seules deux sont des femmes[58]. Les raisons de cette situation sont multiples. D’une part, certain-es observateur-trices expliquent ces données en arguant que les comportements des femmes et des hommes face à l’informatique diffèrent. Ces explications frôlent parfois des réflexions essentialistes ou condescendantes, dans le sens où les femmes auraient besoin d’aide, ce qui ne serait par essence pas le cas des hommes[59]. D’autre part, l’appropriation des logiciels libres pose des questions de disponibilité, de temps. A ce propos, Dominique Cardon me permet d’énoncer que les femmes, prises dans leur ensemble, c’est-à-dire toute classe et race confondue, auraient globalement moins de temps à allouer pour ce type d’apprentissage, associé à du « bricolage ».

Aurélie Chaumat, administratrice systèmes et réseaux au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), ne dément pas ce constat[60] tout autant que la cyberféministe belge Laurence Rassel, qui mentionne l’enquête européenne FLOSS (Free/Libre and Open Source Software : Survey and Study), menée conjointement en 2002 par l’International Institute of Infonomics de l’université de Maastricht aux Pays-Bas et la société d’analyse allemande Berlecon Research. Cette enquête confirme que moins de 1,1% des développeurs de logiciels libres interrogés sont des femmes, soit vingt-cinq fois moins que dans le domaine du logiciel propriétaire. Dans le mouvement du libre, seuls 30% des hommes sont conscients de discriminations en leur sein à l’égard des femmes, alors que 80% des femmes disent les ressentir. Cet environnement se traduit « sous forme de blagues sexistes sur l’incompétence des femmes face aux ordinateurs, de drague répétée, d’approche stéréotypée de leurs compétences : “en tant que femme, tu dois pouvoir régler les conflits, prendre soin des autres ou pouvoir choisir mon nouveau t-shirt” »[61].

Le monde du « libre » connaît des comportements très peu distincts de ceux du monde du « non libre » et des représentations identiques. Dans une enquête menée en 2005 à l’Université de Lyon-I auprès de 360 étudiants de première année de Licence de sciences, interrogés sur leur représentation des métiers des TIC, l’informaticienne française Isabelle Collet analyse que l’informatique, et particulièrement la programmation, est considérée comme étant un métier masculin. Les informaticiens sont d’ailleurs décrits comme des « hommes, peu sportifs et peu attentifs à leur apparence, plus à l’aise avec des machines qu’avec des êtres humains »[62]. Laurence Rassel insiste sur le fait que, implicitement, ce monde informatique est considéré comme composé d’hommes.

Aussi, sur le terrain, des développeuses informatiques des logiciels libres s’emploient davantage à réfléchir à la socialisation de l’informatique, en créant notamment des lieux d’apprentissage collectif s’adressant uniquement à des femmes, à des échelles locale ou internationale[63]. Laurence Rassel indique des groupes tels que les Linuxchix[64], les Gender Changer[65] ou le Debian Women project[66]. Ces initiatives reprennent à leur compte le parti pris de la non mixité dans les actions, revendiqué dans les années 70 par les mouvements de libération des femmes.

Ce parti pris, qui se veut un choix libératoire, d’autonomie, entre en contradiction avec la rhétorique et les idéologies véhiculées par les promoteurs, très majoritairement masculins, des logiciels libres. Ses militants évoquent en effet sans équivoque le « réel impact libérateur pour toute la société »[67]. Ils pensent que « tout ce qui limite l’accès au code source des programmes va limiter la diffusion de la connaissance, privatiser les contenus (avec les dangers que cela peut représenter pour les individus, mais aussi les structures publiques, des universités aux États), brider la créativité »[68]. Hervé Le Crosnier, maître de conférences français en informatique, précise que le mouvement des logiciels libres représente une « révolution sociale » au sein d’un environnement hostile, « balisé par les entreprises ». Il parle de « basculement des pouvoirs » qui ouvre « espoir ». Il admet toutefois que cette révolution est « fragile » et peu être l’objet de récupération. Il ajoute : « Cet empowerment doit beaucoup au mouvement féministe (même si paradoxalement il y a peu de femmes et qu’elles sont souvent traitées avec dédain parmi les activistes du logiciel libre) ». Cette absence des femmes ou le mépris qui leur est réservé au sein du mouvement du libre est sans doute liée à une forme de tolérance et de reproduction implicite des rapports de domination existants (genre, classe, race) par ses promoteurs : des jeunes hommes blancs occidentaux de classe moyenne.

Malgré cette reconnaissance de l’héritage féministe, les différents mouvements (du libre et féministe) gardent leurs distances. L’interpénétration entre les mouvements est rare et peu productive pour ne pas dire antagonique. L’inscription dans le combat contre la brevétisation du vivant, contre la privatisation du commun, pour la collectivisation des savoirs et la promotion de l’intérêt collectif, s’articule souvent avec les luttes des mouvements ouvriers, des sans terre, altermondialistes… au détriment de celles des mouvements de femmes ou féministes[69], dont l’écoféminisme[70]. Ce cloisonnement entre mouvements remonte aux historiques respectifs desdits mouvements, confrontés à leur institutionnalisation[71], et en particulier à celle de l’écologie politique, de la théorie du bien commun, des TIC, du genre, ou aux guerres de libération nationale, au cours desquelles il est majoritairement considéré que la libération des femmes viendra avec celle des peuples.

Si le mouvement du libre propose une analyse des relations hiérarchisés de pouvoir, celle-ci reste circonscrite à des territoires géographiques, économiques, sociaux et épistémiques précis et non nommés : pour leur grande majorité situés en Occident. Par l’angle réducteur qu’elle adopte, cette analyse échappe à une déconstruction de ces relations de pouvoir du point de vue de ce qui les divise (genre, classe, race, âge).

Le mouvement des logiciels libres passe à côté d’une approche sociologique, incluant une analyse de genre, de la définition des concepts qu’il défend. En n’opérant pas de différenciation de genre, d’âge, de classe, de race, d’identité sexuelle quand il évoque notamment les « cybercitoyens », en intégrant en son sein des discriminations de genre, en ne pensant pas l’intérêt d’une alliance stratégique avec les mouvements féministes, ce mouvement démontre une faiblesse stratégique globale vis-à-vis des tenants de la « société de l’information ». Plus globalement, en échouant à produire une analyse genrée au même titre que les dominants et malgré ses prétentions révolutionnaires, voire même à cause de ces prétentions, il fait la preuve qu’il est dans l’incapacité de proposer une alternative pertinente, globale et efficace aux politiques développées par le système que recouvre la colonialité numérique.

Il révèle un phénomène plus large. Par son obstination à ne pas prendre en compte les rapports de domination (masculine et de colonialité du pouvoir), il avalise les fondements de la société qu’il critique qui creuse ces rapports et alimente les systèmes d’oppression. Il se met alors en contradiction interne. Il rivalise à égalité, mais sans avoir les moyens économiques, sociaux et culturels de cette rivalité, avec les entreprises privées qui développent des logiciels ou autres techniques qui répondent efficacement et de façon ciblée aux besoins des populations. Ces derniers ont en effet adopté une stratégie pragmatique : mise à disposition d’outils simples dans un environnement marchand fortement lucratif à l’échelle mondiale. Ils s’en trouvent populaires. Ce n’est pas le cas des militant-es du mouvement du libre, ce qui entérine la relation déplacée qu’ils développent avec leur public.

L’exemple africain : quand l’empirique vient interroger le théorique

Les TIC et en particulier les supports Internet, quels qu’ils soient, à savoir les sites web, les blogs, les wikis, les chats, les forums, les réseaux sociaux, connaissent une progression exponentielle depuis les dix dernières années au profit essentiellement des internautes d’Amérique du Nord et d’Europe de l’Ouest[72]. La pénétration est extrêmement faible en Afrique. Le nombre de blogs africains est évalué entre cinq et vingt-cinq mille sur les 20 millions existants dans le monde[73], soit moins de 0,001%. En particulier, la blogosphère, nommée ainsi car elle regroupe l’ensemble des blogs existants, n’est pas investie par les Africaines, contrairement aux Occidentales[74]. Comment peut-on analyser cette faible appropriation des blogs, et plus généralement du Web 2.0 par les Africaines en termes culturel, social, économique, politique ?

Parmi les personnes interrogées dans le cadre de ma recherche en Afrique du Sud et au Sénégal, très peu de personnes ont évoqué la création ou l’utilisation de blogs. Les plus jeunes, âgées de moins de trente ans, comptent parmi celles qui en auraient fait davantage mention dans chacun des pays étudiés et cela par analogie avec les réseaux sociaux.

De la même façon, très rares sont les personnes qui utilisent les logiciels libres. Dans leur grande majorité, elles ignorent l’existence d’un « mouvement du libre », de surcroît international. Elles en connaissent donc encore moins les objectifs et les résultats obtenus en termes de mobilisation sociale. Elles se situent à l’écart. La présidente d’une des associations interrogées au Sénégal considère qu’il y a un problème de connaissance et associe spontanément la question de l’ignorance des logiciels libres à la question des élites. D’autres disent qu’elles en ont « entendu parler » mais ajoutent qu’elles ne savent pas « où aller » pour se les procurer ou que dans leur organisation « des gens plus avancés [qu’elles] les utilisent ». Dans l’ensemble, les personnes interrogées au Sénégal et en Afrique du Sud ne s’estiment « pas très compétentes dans le domaine du Net » mais expriment leur envie d’utiliser ces logiciels. Beaucoup ne font pas la distinction entre logiciels libres et « shareware »[75], à cause de la notion de gratuité[76]. Il existe également un a priori négatif concernant ce qui est gratuit qui consisterait à penser que gratuité rime avec mauvaise qualité.

De fait, les personnes interrogées qui connaissent les logiciels libres sont globalement des professionnel-les des TIC au sens large (incluant le milieu de la recherche). Pour autant, les avis sont partagés. Une ingénieure spécialiste des TIC dit utiliser les logiciels libres parce que pendant ce temps-là elle n’a pas « l’impression d’être espionnée », ni de « faire quelque chose d’illégal » tout en « faisant profiter beaucoup d’autres » de leurs vertus. Implicitement, elle associe le partage des moyens qu’elle possède à des risques pour elle-même. Un chercheur responsable de l’observatoire des usages des TIC au Sénégal témoigne « être un fervent partisan des logiciels libres » mais, qu’en termes d’utilisation, il doit se « battre pour que ce soit un peu opérationnel ». Il constate que « c’est quand-même plus compliqué, encore moins convivial que Windows qui n’est pas un exemple en la matière ». Par ailleurs, il invoque les limites du système car « on ne peut pas utiliser Linux[77] à l’université, dans l’administration ». D’ailleurs beaucoup évoquent Microsoft, comme incontournable, car « plus facile » ou « plus compatible avec l’ensemble des autres organisations », voire « ayant imprimé [sa] philosophie dans la tête des gens ».

Le chercheur ajoute que l’utilisation des logiciels libres demande « une certaine éducation, de l’auto-apprentissage, ce qui n’est pas forcément facile ». A ce propos, une des responsables d’organisation spécialiste de la question « Genre et TIC » se lance dans un long argumentaire en défaveur des logiciels libres, qui la rendent trop dépendante, notamment des développeurs de sites web qui lui imposent des rapports de force qu’elles ne souhaitent pas. Elle explique que l’utilisation des logiciels libres est trop compliquée – « on n’y comprend rien » – ou contraignante, « très lourde », parce qu’elle ne sait pas « comment les utiliser ». Elle s’appuie pour cela sur la description dans le détail de plusieurs expériences professionnelles. Elle conclut par le fait qu’elle préfère « faire à l’ancienne », utiliser le HTML[78], « parce qu’au moins je ne me prendrai pas la tête ». En effet, ces logiciels semblent demander à leurs potentiels utilisateur-trices un « effort » supplémentaire, en termes d’acquis de connaissances, qu’il-elles ne sont pas prêt-es à fournir, principalement faute de temps et sinon de soutien technique adapté. Dans les deux pays, les formations proposées en la matière seraient toutes payantes et cher. D’autres personnes interrogées ne se soucient pas d’installer ces logiciels, cette option étant loin d’être considérée comme prioritaire.

Dans l’ensemble, peu de personnes interrogées dans les deux pays considèrent faire partie du mouvement du libre. Celles qui s’en prévalent considèrent cette appartenance comme une action militante. Certaines critiquent les « logiciels propriétaires » pour lesquels « si on n’est pas vraiment professionnel, on ne sait pas réellement ce qui se passe derrière ». Et elles mettent cette situation en perspective avec le continent africain qui devient dépendant des créateurs des logiciels, qui « les corrigent, reviennent et vous le revendent », ce dont l’Afrique n’a pas les moyens. Certaines promeuvent, au sein du mouvement, « l’accès libre à l’information à travers les licences alternatives, comme les Creative Commons[79], l’information comme bien commun universel ». D’autres se lancent dans une critique virulente des accords passés entre les Etats du « Sud » et Microsoft, qui font que « en fournissant des écoles avec des outils, des machines, [Microsoft] fabrique très jeunes, des consommateurs, passifs, qui ne vont jamais savoir comment ça fonctionne, qu’est-ce que ça apporte » et qui vont les utiliser « pour être rentables, pour délivrer un travail, juste pour s’abrutir ».

Dans les deux pays, nous constatons que le mouvement du libre et ses outils divisent et créent quatre communautés d’acteur-trices : ceux-celles qui savent utiliser les logiciels libres, s’identifient et revendiquent leur appartenance au mouvement dont il-elles sont issu-es – à noter que peu disent représenter des organisations de femmes ou féministes –, ceux-celles qui les connaissent mais récusent l’arbitraire ou l’arrogance de leurs créateur-trices, ceux-celles qui en ont entendu parler mais se sentent impuissant-es et ceux-celles qui ne les connaissent pas.

La « révolution » dont il est souvent fait mention dans la théorie des usages sociaux des TIC, et en particulier dans le mouvement du libre, n’est pas au rendez-vous pour tout le monde et en particulier pour les organisations de femmes ou féministes en Afrique.

Conclusion

Au titre de l’observation du cloisonnement des mouvements et des contradictions qui traversent le mouvement du libre et la sociologie de l’innovation par l’appropriation citoyenne des TIC, cet article insiste sur l’écart de perception des objets tels que le « web », la « révolution numérique », les « réseaux sociaux », la « société de l’information », le « libre », selon les chercheur-es et les concepteur-trices, et les confronte avec la perception d’usager-es, parmi lesquels des organisations de femmes africaines davantage engagées dans les usages de TIC que dans la réflexion sur ces usages. En quoi et pourquoi le web, les réseaux sociaux, les logiciels libres, ne sont-ils pas appropriés par les acteur-trices que leurs concepteur-trices disent viser ? Notamment les femmes et leurs organisations ? Comment, après dix ans, se justifie cette distance ? Apparaît un vacuum entre projection masculine occidentale – qui se donne l’universalité pour vocation et réalité – et matérialité féminine subalterne[80] ou périphérique.

Ce vacuum trouve sa justification dans les rapports de domination qu’alimente la « société de l’information » qui se révèlent ainsi au niveau théorique. La vision de cette société, du système qui la meut, telle qu’elle est proposée par la majorité des sociologues de l’innovation par les usages sociaux des TIC et des militant-es de l’appropriation de ces usages, en étant aveugle au genre, universaliste, digère et assimile les rapports de domination desquels la « société de l’information », l’objet de son analyse, n’est pas neutre ni épargnée. Dans un sens, elle les promeut.

En ne s’intéressant qu’à des usages qui semblent davantage prescrits ou fantasmés que reflétant une réalité ethnologique ou sociologique, et même si l’assise de cette analyse à l’échelle occidentale n’est pas complètement contestée, cette approche reproduit des schèmes de division de classe, de race et de genre. A ce titre, elle est contreproductive.

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[1] Né de la notion de User Generated Content (UGC), le Web 2.0 désigne, par rapport au Web, des changements techniques, qui privilégie la notion de « une application pour n utilisateurs » versus « n applications produites par n utilisateurs », philosophique – les internautes ont le pouvoir – et social – internaute récepteur versus producteur/créateur. Ce nom a été une première fois en 2003, puis diffusée par Tim O’Reilly en 2004. Elle s’est imposée à partir de 2007. C’est un concept qui inclut des outils techniques et communicationnels : réseaux sociaux numériques, wikis, blogs, flux RSS, chat, forums…

[2] En Anglais, les logiciels libres sont regroupés sous le terme « FLOSS » (Free Licence Open Source Software), ce qui signifie logiciels sous licence libre ou en accès libre aux sources. Il y a donc en Anglais amalgame entre logiciels libres (totalement créés par une communauté internationale de développeurs informatiques sans but lucratif) et logiciels « open source » qui appartiennent à des entreprises privées – qui se positionnent donc sur le secteur marchand – qui autorisent à des développeurs à avoir accès aux codes source de leurs logiciels. Je ne m’appesantirai pas ici sur cette différence qui fait polémique et qui a encore aujourd’hui son importance mais qui est largement enfouie sous l’appropriation majoritaire de l’appellation FLOSS.

[3] Concernant le concept de « société de l’information », les guillemets sont volontairement utilisés, de la même façon, la majuscule au « s » n’est pas attribuée, afin de consolider ma démonstration qu’il ne s’agit pas d’une marque déposée, d’une propriété, ni d’un nom propre. Ce concept est le fruit d’une construction politique, économique et idéologique.

[4] PRIMO, 2003, MOTTIN-SYLLA, 2005

[5] Le peer to peer (P2P) permet le partage de fichiers entre deux ordinateurs appartenant chacun à un individu unique.

[6] Depuis le début des années 2000, le nombre de blogs double chaque semestre. Un blog est créé toutes les secondes dans le monde. Ils servent de tribunes politiques, ou de journaux intimes, ou de lieu de rendez-vous en ligne pour leurs créateurs individuels. Ils servent aussi à passer le temps (Technorati, http://www.technorati.com/, consulté le 26 avril 2011).

[7] Dans l’ensemble de ce texte, le terme « race », entendu comme construction sociale et non donnée biologique est privilégié au détriment de celui d’« ethnie ». Certes ce parti pris prête à controverse, surtout dans le milieu francophone, mais il entend rendre compte d’une réalité objective liée à la discrimination de « race » (au sens large, incluant les Noirs, les Blancs, les métis), comme tous les Afro-américains peuvent y faire référence par exemple (DAVIS, 1983). Même si ce terme « race » n’est pas toujours réapproprié par les Africains francophones, qui privilégient le terme « ethnie », je ne souhaite pas intervenir dans le débat qui différencie ce concept à ceux d’« ethnie » et d’« ethnicité » qui décrivent des situations politiques très précises (CAHEN, 1994).

[8] SHADE, 2002

[9] L’hypermodernité succède à la modernité et à la postmodernité et désigne un espace où tout est exacerbé, poussé à l’excès, à l’outrance, à la surenchère et à la surabondance. Selon le chercheur français Thomas Guignard, l’hypermodernité « favorise une perspective monolithique et dogmatique, avec d’un côté les connectés associés à la “modernité” et les non-connectés associés au retard et au conservatisme » (GUIGNARD, 2007).

[10] Le premier réseau numérique, Arpanet, a été créé en 1969 pour le département américain de la Défense. En pleine guerre froide, il servait à protéger les données des Etats-Unis d’une soudaine attaque adverse. Ce réseau a, dix ans plus tard, été introduit dans les universités américaines. Il a définitivement été remplacé par Internet en 1990, dans le cadre de la recherche civile. Le World Wide Web, une interface publique, sous forme de pages à consulter, est créé par le CERN en France en 1991.

[11] GALACTEROS-LUCHTENBERG, 2004

[12] DORLIN, 2009

[13] SHADE, 2002

[14] http://www.facebook.com/facebook?v=info, consulté le 20 janvier 2011

[15] http://press.linkedin.com/about/, consulté le 20 janvier 2011

[16] http://twitter.com/roncasalotti/statuses/24874092607832065, consulté le 20 janvier 2011

[17] Le verbe « savoir » est ici utilisé au sens d’une connaissance étendue du domaine que recouvrent les TIC  Il ne se restreint pas à la connaissance technique des outils et usages.

[18] Je ne peux pas davantage ici développer ce concept de colonialité numérique dont j’ai étudié les fondements, les manifestations, les modalités de fonctionnement et les impacts de genre sur la vie quotidienne.

[19] RAKOTOMALALA HARISOA, 2009

[20] ROGERS, 2003

[21] PROULX, 2002

[22] CARDON, 2006

[23] JOUËT, 2000

[24] PROULX, 2005

[25] Le sociologue utilise le masculin quand il évoque les « usagers » des TIC.

[26] CARDON, 2006

[27] CARDON, 2006

[28] BLONDEAU, 2007

[29] PISANI, 2008

[30] FLORIDI, 2009

[31] O’REILLY, 2005

[32] FLORIDI, 2009

[33] TCHEHOUALI, 2009

[34] PISANI, 2008

[35] CARDON, 2009

[36] SENER, 2009

[37] Interview accordé au journal Le Monde, le 14 octobre 2010, sous le titre « Les réseaux sociaux créent des relations en pointillé » http://www.lemonde.fr/technologies/article/2009/10/14/les-reseaux-sociaux-creent-relations-en-pointille_1253954_651865.html, consulté le 29 janvier 2010

[38] http://www.synovate.com/news/article/2008/09/global-survey-shows-58-of-people-don-t-know-what-social-networking-is-plus-over-one-third-of-social-networkers-are-losing-interest.html, consulté le 27 janvier 2010

[39] Brésil, Bulgarie, Canada, France, Allemagne, Inde, Indonésie, Japon, Pays-Bas, Pologne, Russie, Serbie, Slovaquie, Afrique du Sud, Taiwan, Etats-Unis d’Amériques, Émirats arabes.

[40] Source : Social Networks in the World (juin 2009) – http://manyeyes.alphaworks.ibm.com/manyeyes/datasets/ 1dccfef84fad11deb715000255111976/versions/1, consulté le 27 janvier 2002

[41] Ibid.

[42] CARDON, 2006

[43] Ibid.

[44] SHADE, 2002

[45] RAMILO, 2006

[46] Les politiques de TIC englobent toutes les politiques liées à la gestion et à la réglementation de la société de l’information. Elles sont décidées en haut lieu et de concert entre les institutions, internationales ou nationales, et le secteur privé, dont les opérateurs de télécommunications et les créateurs/diffuseurs de logiciels, majoritairement localisés en Amérique du Nord et en Europe de l’Ouest.

[47] A l’exception de l’Afrique du Sud.

[48] WAJCMAN, 2002

[49] JOUËT, 2000

[50] HARAWAY, 1992

[51] PALMIERI, 2004

[52] MOTTIN-SYLLA M.-H., PALMIERI J., 2009

[53] DELPHY, 2000

[54] NEVEU, 1996

[55] SOMMIER, FILLIEULE, AGRIKOLIANSKY, 2008

[56] HIRATA, 2000

[57] AKA, 2008, CHAUMAT, 2007, RASSEL, 2006, COLLET, 2006

[58] AKA, 2008

[59] L’article de 2002 de Val Henson, intitulé « HOWTO Encourage Women in Linux » est à ce titre très éclairant. http://tldp.org/HOWTO/Encourage-Women-Linux-HOWTO/, consulté le 4 mars 2010

[60] CHAUMAT, 2007

[61] RASSEL, 2006

[62] COLLET, 2006

[63] La majorité de ces initiatives sont néanmoins localisées en Amérique du Nord ou en Europe de l’Ouest.

[64] http://www.linuxchix.org, consulté le 11 mars 2010

[65] http://www.genderchangers.org, consulté le 11 mars 2010

[66] http://women.alioth.debian.org/, consulté le 11 mars 2010

[67] CROSNIER, 2009

[68] Ibid.

[69] PALMIERI, 2002

[70] MIES, SHIVA, 1983

[71] GUAYE, 2005

[72] INTERNET WORLD STATS, http://www.internetworldstats.com/stats.htm, consulté le 26 avril 2011

[73] DJOSSOU, 2007

[74] TOBIAS, 2005

[75] Un shareware est un logiciel subordonné au droit d’auteur, dont la propriété est privée et qui peut être utilisé gratuitement pour une durée ou des fonctionnalités limitées.

[76] La notion de gratuité est équivoque en anglais, « free » (libre) voulant également dire gratuit.

[77] Système d’exploitation des ordinateurs qui n’est pas sous licence (à distinguer de Windows de Microsoft ou de Mac Os de Apple par exemple qui sont propriétaires, c’est-à-dire qui sont vendus avec les ordinateurs et dont les codes sources restent la propriété d’Apple et de Microsoft). Ce système a été inventé en 1991 dans la foulée du projet GNU.

[78] Hyper Text Meta Language : langage de programmation des pages Web.

[79] Le Creative Commons est une association à but non lucratif proposant gratuitement des contrats flexibles de droit d’auteur qui permettent de diffuser ses créations et permettre à d’autres de les utiliser selon les conditions de l’association.

[80] Au sens où Gayatri Chakravorty Spivak, philosophe indienne, directrice de l’Institute for Comparative Literature and Society de Columbia University, une des principales inspiratrices des études subalternes, le formule : les femmes subalternes n’ont pas accès à la mobilité sociale. Si ces femmes engagent un acte de résistance et qu’aucune infrastructure n’est là pour « reconnaître » cette résistance, ces femmes agissent en vain (Spivak 1988).

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