Quand le genre ne rime pas avec l’héritage colonial français

IMG_8842 - Version 224 novembre 2014. Veille de la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Jour de l’ouverture du « Village de la Francophonie ». Une semaine, du 24 au 30 novembre à Dakar. Deux jours avant l’ouverture d’un colloque scientifique au même endroit sur « Femmes, Paix et Développement en francophonie ». Cinq jours avant le XVe Sommet de la Francophonie, les samedi et dimanche courants, dont le thème principal est « Femmes et jeunes en Francophonie : vecteurs de paix, acteurs de développement ». Conjonction d’événements ? Précipité de bonnes intentions institutionnelles relatives au genre ? Publiquement certainement. Tout y est. Les affiches, les banderoles, les flyers, et bientôt les déclarations. 77 États pour ce qui est de l’Organisation internationale de la Francophonie. 77 États et leurs délégations officielles. Sans compter la société civile, comme ladite organisation la nomme. Appelée à travailler de concert avec les décideurs pour que l’égalité entre hommes et femmes fasse son chemin.

Mais avec qui et de quoi parle-t-on ? Commençons par la fin. Le contenu. Une fois de plus, il s’agit d’égalité de droits au mieux, très loin du questionnement des identités de genre ou encore des rapports sociaux alloués de genre : les hommes à la sphère publique, les femmes toujours et encore à la sphère privée, pourvoyeuses des usages nécessaires à la survie du système global. Bref, rien de nouveau sous le soleil de l’institutionnalisation du genre.

Intéressons-nous maintenant au contenant. Le village, un colloque scientifique, un Sommet de chefs d’États. Qui peut y parler ? Tout le monde nous diront les organisateurs, puisque tel est le concept de ces différentes rencontres cumulées sur six jours. En réalité, et de source sûre, on peut identifier trois types de participants. Les premiers, rémunérés, tous frais payés, qui ne sont pas au courant, ou si peu, que ces rencontres portent sur le genre. L’objectif est ailleurs. Notamment économique. On peut lire entre les lignes : « L’orientation thématique du Village “Le numérique au service du développement et de la diversité culturelle” établira un lien fort entre la préservation et la valorisation de la diversité, des contenus et des savoirs, et l’épanouissement collectif de la communauté́ francophone ». Au point qu’on croit se tromper d’édition. Non. L’idée est bien de racoler des opérateurs de télécommunications. Entre autres. Les deuxièmes, non rémunérés, quelques défraiements pris en charge, qui viennent prêcher la bonne parole des droits des femmes et ne se soucient que de leur présence et du prestige qu’elle octroie au point de négliger ce que leur apport deviendra. Les troisièmes, non rémunérés, non défrayés, ont le choix de se taire ou de hurler. Dans tous les cas, leur parole ne sera pas entendue, relayée, utile. Elle restera subalterne. On a même évoqué à leur sujet l’idée de demander aux Premières Dames – femmes des présidents en exercice – de s’offrir en tant que leurs porte-paroles. Le cliché institutionnel de genre est à son comble. Non seulement les moyens ne sont pas au rendez-vous – ni financiers, ni intellectuels, ni politiques – mais le genre est considéré comme une question qui a besoin d’assistanat, d’appui, de soutien, au point qu’il faille quelques aristocrates pour la plaider.

J’en suis à me demander si l’héritage colonial – disons-le, français – de cette organisation leste à un point tel les rapports de domination dans les relations sociales, notamment entre hommes et femmes, qu’il ne lui est pas possible de se détacher de son histoire paternaliste monarchique. Ça me fait froid dans le dos. Et je n’aborde même pas les divisions de classe et de race… Vous avez dit retard ? Moi je dis ambition rétrograde.

Joelle Palmieri
24 novembre 2014

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Comments
One Response to “Quand le genre ne rime pas avec l’héritage colonial français”
  1. Claude Derhan dit :

    Bien vu bien dit.

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