Dépasser les frontières de TIC pour identifier des espaces de production de changement social de genre – le terrain africain

DSC01569Au sein de la recherche sur la critique de la société de l’information, la distance ou un certain conformisme des mouvements africains de femmes et féministes constituent des éléments solides pour constater la faiblesse de leurs usages innovants des technologies de l’information et de la communication (TIC)1. Par ailleurs, l’hypothèse selon laquelle les TIC incarnent depuis leur naissance dans le milieu des années 1990 autant de socles sur lesquels la mondialisation contemporaine et la socialisation des individu-es qui l’accompagne2 s’appuient est centrale dans les travaux liés à la sociologie de l’innovation par l’appropriation des technologies de l’information.

Dans ce contexte spécifique, cet article se propose d’interroger la relation de ces organisations à ces technologies, à savoir comment elles situent leurs usages des TIC vis-à-vis de leurs luttes et en particulier de leurs réflexions sur les rapports de domination de classe, de race, de genre3. J’ai fait le choix d’adopter l’angle particulier, et encore peu examiné, de redéfinir la fracture numérique de genre afin de montrer que la mondialisation a un prix en termes de frontières4, géographiques mais aussi sociales, politiques et de genre.

L’objectif de cet article est, après avoir identifié en quoi la façon d’interagir des individu-es, au sein de groupes sociaux ou seul-es, s’en voit bousculée, révolutionnée5, de poser la question de savoir quels changements sociaux, économiques, politiques et épistémiques (hiérarchisés de savoirs) ces frontières imposent ou créent dans les relations sociales, comment et pourquoi.

Nous allons voir que plusieurs expériences observées en Afrique mènent à un constat paradoxal. D’une part j’ai pu isoler des zones d’empêchement dans l’action par les TIC des organisations et des individu-es, en particulier des femmes, et d’autre part j’ai rencontré des espaces où des groupes ont créé leurs propres outils théoriques et empiriques afin de prendre une place dans le débat politique local grâce aux TIC.

Eléments méthodologiques

J’ai pris le parti de vérifier si la fracture numérique de genre est le bon concept à utiliser pour explorer les multiples obstacles rencontrés par les organisations de femmes ou féministes africaines dans leurs usages des TIC. Par ailleurs, j’ai choisi de mesurer si ce concept rend compte à lui seul des différent-es acteur-trices en jeu et des différents enjeux en œuvre. Ensuite, je me suis intéressée à savoir si ce concept permet d’identifier des espaces de production de changement social en termes de genre.

Afin de mener à bien cette démarche, j’ai mobilisé des résultats qui émanent d’une étude au sein de projets orientés sur la problématique « Genre et TIC », en Iran en 2006-2007 – dans le cadre de la création d’une agence de presse féministe iranienne avec des personnes de l’intérieur du pays et de la diaspora –, dans des pays d’Europe de l’Est et Centrale8 de 2000 à 2007 – en formant des organisations de femmes locales à l’usage stratégique des TIC pour mettre en lumière les questions de genre – et en Afrique – notamment en Afrique de l’Ouest et en Afrique du Sud – depuis les dix dernières années. En particulier, j’ai fait partie, entre 2006 et 2008, d’une équipe de recherche en Afrique de l’Ouest francophone (Burkina Faso, Mali, Sénégal) sur l’abandon des mutilations génitales féminines à travers l’utilisation des TIC par les jeunes, avec une approche citoyenne genrée9.

Dans le même contexte, j’ai participé à Dakar en janvier 2009 à un débat avec environ vingt praticien-nes ou expert-es sénégalais-es en développement ou TIC sur le même sujet. J’ai également organisé, en mars 2008, un débat croisé international en direct via l’Internet sur les enjeux de la société de l’information, et en particulier sur les frontières générées par l’Internet, auquel ont participé une dizaine de personnes regroupées dans une ville de banlieue parisienne plutôt populaire et à forte concentration migrante (Montreuil-sous-bois) et cinq représentant-es d’organisations ou d’institutions travaillant sur les TIC au Burkina Faso, en République centrafricaine, au Sénégal et en République démocratique du Congo. Ce débat a été enregistré sous forme électronique, ce qui a permis d’en extraire quelques témoignages.

J’étudie également l’existence d’impacts politiques des usages de l’Internet par des organisations de femmes ou féministes au Sénégal et en Afrique du Sud sur deux formes de domination : masculine et Nord/Sud. Aussi, cet article inclut des éléments d’entretiens que j’ai menés, en décembre 2008 et en janvier 2009 au Cap en Afrique du Sud et à Dakar au Sénégal auprès de représentants d’organisations de femmes ou féministes, d’instituts de recherche travaillant sur le genre, ayant accès à l’Internet, ayant ou non des supports Internet, mais aussi d’organisations centrées sur la création numérique ou l’utilisation du Web2.0, ou encore d’une institution internationale, mais ne travaillant pas sur le genre (au nombre de dix en Afrique du Sud et de dix-sept au Sénégal). Ces organisations avaient ou non accès à l’Internet, avaient ou non des sites Web.

Ces entretiens ont permis d’établir des constats, analysés de façon comparative et réflexive. Ils ont été complétés par une approche théorique fournie, selon trois axes, la domination masculine (Delphy, Duerst-Lahti, Kergoat, Guillaumin, Tabet, Héritier, Hirata, Falquet), la société de l’information (Cardon, Proulx, Jouët), la colonialité du pouvoir (Quijano, Grosfoguel, Mignolo) et par une analyse institutionnelle des textes de référence sur les politiques et des études liées à l’intégration du genre dans les programmes internationaux ou nationaux de TIC des deux pays. Cette analyse institutionnelle s’est bornée au corpus des études réalisées par le mouvement « Genre et TIC » et des textes officiels liés à la Conférence de Pékin de 1995 et aux différents Sommets mondiaux de la société de l’information (SMSI) qui se sont tenus depuis 2003.

Les « tuyaux » de la fracture numérique

Dans le Nord, les TIC (qui incluent l’Internet, la téléphonie mobile et l’informatique), sont perçues, comprises, admises, tolérées, comme un espace, le cyberespace11, ouvert, large, horizontal et transnational. Un espace où chacun, homme ou femme, peut s’exprimer, librement, sans aucun obstacle ni entrave12, qui est sans frontières. Dans les pays du Sud, l’Afrique est largement considérée au Nord comme le continent le plus marginalisé en termes de société de l’information13. Aussi les institutions internationales concentrent leurs efforts africains sur ce que l’on appelle la fracture numérique, et, pour certaines, sur la fracture numérique de genre. Celle-ci a plus ou moins été discutée au cours du Sommet mondial de la société de l’information en 2003 et 200514. Par exemple, Joséphine Ouédraogo, ancienne Secrétaire exécutive adjointe à la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), affirme que les TIC sont des outils incontournables dans tous les domaines d’interaction sociale, culturelle, économique et politique15. Elle insiste sur l’accès à l’information sur la santé maternelle et infantile, la prévention du VIH/sida, la nutrition, les droits humains, la protection de l’environnement, les techniques de production, les emplois et les marchés, autant de domaines qui ont un impact direct sur la croissance démographique, la productivité économique et le développement durable en Afrique16. Elle propose une définition de la « fracture numérique de genre » en la formulant en ces termes : « ensemble des disparités d’accès et de contrôle entre les hommes et les femmes sur les technologies de l’information et de la communication (TIC), leurs contenus et les compétences permettant de les utiliser ».

En effet, constat est fait dès la Conférence de Pékin en 199517, qu’il existe des inégalités d’accès de « l’informatique et la télévision par satellite et par câble » entre hommes et femmes, partout dans le monde. Anita Gurumurthy, experte en politiques institutionnelles de TIC, confirme que le clivage sexuel au sein de la « fracture numérique » s’illustre notamment dans le nombre inférieur de femmes utilisatrices des TIC relativement aux hommes. Elle affirme : « Les femmes sont minoritaires parmi les utilisateurs de cette technologie dans presque tous les pays développés ou en développement »18. La tendance à la différenciation des usages commence très tôt. Par exemple, aux États-Unis, les garçons ont cinq fois plus de chances de pouvoir se servir d’un ordinateur à la maison que les filles et les parents dépensent deux fois plus en produits de TIC pour leur fils que pour leurs filles19.

Cette fracture numérique de genre est pourtant d’emblée abordée en Afrique par les organisations internationales, en accord avec les entreprises privées en charge de ce domaine, par les réponses aux questions qui concernent l’accès physique, l’accès aux infrastructures. Il est implicitement considéré que les obstacles rencontrés par les femmes dans leurs usages des TIC sont uniquement liés à des questions de tuyaux, de câbles, d’ordinateurs. De hardware. Les obstacles liés au numérique sont détachés non seulement du software (intelligence logicielle, algorithmes de structuration des données, contenus, organisation et contrôle des données) mais aussi tout simplement du réel, du non virtuel.

Des frontières économiques et politiques

Afin de comprendre l’ensemble des obstacles rencontrés dans leurs usages des TIC par les femmes africaines, organisées ou en tant qu’individues, il est important de revenir sur la définition plus large du concept de fracture numérique. Je souhaite également interroger les a priori des « imaginaires » qui structurent les connaissances sur la société de l’information. À ces fins, je vais m’appuyer sur les témoignages des participant-es du débat croisé francophone sur les frontières dans le cyberspace qui a eu lieu en janvier 2009. J’élargirai ensuite l’ensemble des questions débattues à une série de questionnements sur les reproductions éventuelles des cloisonnements ou obstacles réels sur le virtuel et inversement sur les potentielles productions d’impacts positifs ou négatifs du virtuel sur la vie quotidienne des populations.

Selon Arsène Maisha du Centre Aden à Kisangani, en République démocratique du Congo, des zones géographiquement « ouvertes » ne connaissent pas de désenclavement numérique. Autrement dit, il nous interroge sur la pertinence d’analyser le manque d’accès à Internet dans la région comme un problème. Ou, plus généralement, il nous demande s’il est utile d’accéder à l’Internet en période de conflit, pour quels usages, et en particulier pour les femmes. Et plus spécifiquement pour les femmes du Sud-Kivu, où la question de l’ouverture géographique peut être posée.

Selon l’économiste Rufin Sosthene, en République centrafricaine, les jeunes se connectent à l’Internet plus à la recherche d’un petit ami ou d’une petite amie au Nord que pour des recherches documentaires. Il se demande alors comment qualifier ce choix, et propose de s’appesantir sur la spécificité de cette fracture.

Dans le sillage de cette interrogation, selon Dimanche Yaméogo, de TV Yaka à Ouagadougou, au Burkina Faso, il existe un projet numérique visant à améliorer le partage des connaissances, afin que les jeunes puissent avoir accès aux sciences, et en particulier de façon égale pour les filles et les garçons. Il souhaite qu’on enquête sur l’existant en milieu scolaire afin de déterminer s’il s’agit d’inventer, de faire disparaître des murs réels ou virtuels à définir.

Selon Dominique Mendy du Centre d’études sénégalais des Sciences et Techniques de l’information, à Dakar, il existe des préoccupations au sujet du fort développement des tentatives de migration vers le Nord. Une tendance qui concerne principalement les jeunes hommes qui sont consacrés à « un avenir meilleur », largement mis en lumière sur le Web. Il pose la question de savoir comment cette situation est mise en exergue par le réseau numérique. Ensuite, il cherche à mesurer en quoi Internet, et le Web en particulier, serait le véhicule de la mondialisation, des marchandises comme des personnes ou des transactions financières. En somme, il se demande comment on peut définir l’impact de ses usages sur les relations Nord/Sud, les relations entre États, entre États et populations et entre populations (du Nord et du Sud) et quelle est l’influence de la société de l’information sur la vie quotidienne des populations.

De mon côté, j’ai constaté que, dans toutes les sociétés, et en particulier en Afrique du Sud qui connaît le troisième rang mondial du plus grand écart de richesse20, il existe à l’intérieur des frontières nationales, des murs visibles, dont certains sont construits (comme entre les villes et les bidonvilles, notamment à Johannesburg). D’autres sont invisibles ou moins « physiquement » représentés, comme les frontières entre hommes et femmes, Noirs et Blancs, riches et pauvres, urbains et ruraux, migrants et nationaux, élite et « ordinaire », toute autre combinaison étant possible21. Je souhaite évaluer si ces murs « sociaux » sont ou non développés dans d’autres pays d’Afrique, établir comment ils apparaissent sur l’Internet et comment les populations y font face.

J’ai également pu noter que dans de nombreux pays africains, les individu-es peuvent facilement se retrouver enfermé-es, concrètement (en prison, déplacé-es, isolé-es), violé-es, en situation d’insécurité, ou exclu-es de tout moyen de communication avec les autres (surveillance des lignes téléphoniques ou courriels, confiscation des informations personnelles, isolement économique, physique et psychologique…). Cette conjoncture demande à déconstruire une série de situations historiques et géopolitiques. Je veux faire la part des conséquences des conflits armés, des croisades nationales sur le continent ou internationales entre Occident22 et Afrique23, entre ancien Empire et pays post-colonisés24, ou de la libéralisation du marché mondial qui agrandit le fossé entre les riches et les pauvres25. Cette déconstruction établie, il s’agit de savoir s’il existe des moyens pour les populations de se protéger, et en particulier par l’utilisation de l’Internet.

En Afrique, en particulier, la question se pose de mesurer comment l’Internet peut aider ou générer des obstacles à la liberté d’expression. D’ailleurs, il est important d’évaluer comment le citoyen prend la parole et si elle est égale à celles des entreprises privées et des États. De la même façon, je souhaite quantifier les limites aux droits individuels, à la libre circulation des idées, quand elles existent. L’idée qui me guide est d’observer les technologies sous le prisme développé par Albert Hirschman sur les solutions apportées et les voix exprimées face au déclin organisationnel26. S’ajoute la volonté de qualifier les inégalités de genre dans ce domaine, en vérifiant si elles sont ou non différentes de l’espace non-cybernétique. Il s’agit de mesurer si les hommes et les femmes ont une égale voix au chapitre, et comment ces voix se manifestent. Par ailleurs, il reste important de qualifier les principales lacunes.

Enfin, je me demande si sur l’Internet il existe des zones frontalières, comme ces territoires où la vie ne ressemble ni à celle d’un des côtés de la frontière ni à l’autre27, des sortes de no man’s lands cybernétiques.

À partir de cet ensemble de questionnements, je souhaite explorer une grille de lecture de la construction des rapports sociaux de sexe28 dans le cyberespace, dans le but de redéfinir le concept de fracture numérique de genre. Je souhaite introduire la notion de « frontières » qui me semble plus adaptée que celle de « fracture ». Elle permet d’étendre les « limitations » et « obstacles » rencontrés par les femmes africaines dans la société de l’information tels qu’ils sont décrits dans les différentes études publiées dans le cadre des SMSI, à l’analyse de reproductions dans le virtuel de cloisonnements existants dans le réel. Je souhaite également mettre en exergue les productions de nouveaux « bornes » et « postes de contrôle » pour les femmes sur le terrain du virtuel. À ces « chexkpoints » virtuels, les femmes africaines négocieraient leur droit de passage en déclinant leur identité de genre. Grâce à cette approche par l’identité, cette notion de « frontières » autorise également à considérer les femmes africaines autrement que comme de simples bénéficiaires de politiques venant en soutien de leurs éventuelles « lacunes » ou « difficultés », pour les placer en actrices de leur cité, sur les terrains du réel et du virtuel. D’objets, elles deviennent sujets.

Les frontières entre les sexes et de genre

Nous allons voir que les frontières de genre de la société de l’information amplifient les effets des frontières globales au déplacement, à l’expression et sociales telles que je viens de les interroger. En fait, dans le cyberespace, on trouve dès la première strate, et comme dans les médias classiques, les stéréotypes sexistes « banals », comme Margaret Gallagher l’avait observé il y a une dizaine d’années29. Plus globalement, comme Leslie Reagan Shade l’a analysé, on note que ce cyberspace est la réplique fidèle du modèle de division entre sphère privée et publique, comme une conséquence du patriarcat30. Cette base de toute division sexuelle, économique, sociale, politique et culturelle, a été officiellement reconnue lors de la Conférence de Pékin de 1995.

Dans le secteur des TIC, les frontières de genre peuvent en première analyse être constatées en matière d’accès à l’Internet ou des capacités que son utilisation requiert. Par exemple, les femmes et les filles ont moins accès à l’éducation31, par conséquent, elles ne savent pas se servir d’ordinateurs. Ou des femmes sont en charge de la garde des enfants, donc n’ont pas le temps d’aller au cybercentre32. Ou encore les femmes sont plus touchées par la pauvreté que les hommes33 et donc ne peuvent pas avoir accès à l’électricité. Ces obstacles sont actuellement observés par la communauté internationale qui tente de les surmonter en priorisant le développement de l’accès aux infrastructures34.

Mais les frontières de genre ne sont pas exclusivement centrées sur ces deux points – accès et capacités. Elles concernent principalement le contrôle et le contenu, comme cela a été observé par l’ONG enda Tiers-Monde dans son étude sur la fracture numérique de genre dans les pays d’Afrique de l’Ouest en 200535. Au-delà de cette recherche, on peut constater que ce secteur économique est le plus rentable après celui de l’armement36. Comme l’indique Anita Gurumurthy, « La sphère des TIC se caractérise par la domination stratégique de puissantes entreprises et nations – monopoles bâtis sur le régime de la propriété intellectuelle –, par la surveillance accrue de l’Internet au détriment de son contenu démocratique et par l’exploitation des plus vulnérables par l’impérialisme capitaliste, le sexisme et le racisme »37. Par ailleurs, la majorité des contenus (quels qu’ils soient, texte, audio, vidéo…) est « écrite » par des hommes et de plus diffusée par des hommes38. L’écriture au quotidien sur des blogs, dans des séances de clavardage (chat) et d’autres galeries virtuelles, telle qu’elle est plus aisément pratiquée en Amérique du Nord et en Europe de l’Ouest, demeure en Afrique le fait d’une élite et les femmes sont davantage présentes pour les conseils beauté et autres stratégies de séduction39. Leurs écrits sur l’Internet relèvent beaucoup moins de témoignages relatifs à des actes de violence, à la pauvreté ou à des inégalités, à l’école, au travail, au sein du foyer… La vente des corps des femmes par l’intermédiaire du Web est organisée par des hommes et est massivement accélérée, incontrôlée, non légiférée et impunie40

En outre, ce sont des hommes, et, en particulier, des hommes blancs, qui programment des logiciels, y compris dans le mouvement des logiciels libres41. En termes de contrôle, les femmes sont sous-représentées dans toutes les structures de décision du secteur des TIC et ont relativement peu de contrôle et d’influence sur les processus de prise de décision42. Les propriétaires des entreprises privées de télécommunication sont majoritairement des hommes43. Par ailleurs, selon Nancy Hafkin, experte du réseautage des femmes via les TIC en Afrique, « les experts en genre des gouvernements ne connaissent pas le vocabulaire qui pourrait les aider à préparer des documents de politique générale sur Genre et TIC »44 si bien que les politiques mises en œuvre dans le secteur sont globalement inadaptées en termes de genre.

Aussi les frontières de genre rencontrées dans le virtuel par les femmes africaines ne s’arrêtent-elles pas aux questions d’accès et de capacités à ce servir des outils et logiciels. Elles reflètent les relations sociales et culturelles inégalitaires existantes dans le réel et produisent de nouvelles inégalités dans le virtuel.

Des usages des TIC en marge des activités principales

Au cours des dix dernières années pendant lesquelles la question du besoin de l’accès aux TIC pour les femmes a été étudiée, il a été souligné que l’impact de la société de l’information peut davantage être mesuré par l’augmentation globale du nombre de femmes qui utilisent l’Internet pour travailler, pour faire des affaires, éventuellement pour trouver un bon parti45, plutôt que par les moyens de faire entendre leur voix et de rompre avec leur isolement. Dans le cadre de l’enquête que j’ai menée en Afrique du Sud et au Sénégal, plusieurs de mes interlocuteurs ont confirmé cette tendance. Fatimata Seye Sylla, présidente de Bokk Jang, une ONG dédiée à l’éducation des jeunes par les TIC, est convaincue que « l’Internet peut créer des opportunités de travail pour des gens qui peuvent travailler en ligne, en particulier les jeunes ». Son sentiment est partagé par Maréme Cisse Thiam, présidente de l’Association sénégalaise des femmes diplômées des universités (ASDFUS) : « il faut faire la démonstration de ce qu’on sait faire dans l’Internet, en particulier les femmes au fin fond des villages doivent montrer leurs produits ». Ces deux représentantes d’organisations font volontiers écho aux politiques de TIC des États et organisations internationales comme l’ONU qui se concentrent sur les performances économiques. La très grande majorité des politiques d’accès aux TIC pour les femmes sont en effet focalisées sur l’emploi. Comme le souligne Lize de Clercq de l’association ada en Belgique, « ce qui frappe, c’est l’attention accordée au genre dans le Plan d’action du SMSI dans les paragraphes consacrés à l’e-employment (emploi dans le secteur des TIC) et au télétravail (emploi à travers les TIC) »46. Il est effectivement demandé aux gouvernements locaux d’avoir une « politique en matière de TIC qui encourage l’entreprise, l’innovation et l’investissement, et qui accorde une attention particulière à la participation et la promotion des femmes ». Les TIC doivent principalement servir aux femmes à intégrer le marché du travail.

Aussi du point de leurs organisations, les femmes sont parfois amenées à se démarquer de ces politiques générales pour que leurs usages des TIC soient plus en adéquation avec leurs activités. Pour ce qui concerne l’Internet, les organisations interrogées l’utilisent généralement pour communiquer entre elles, alimenter des réseaux, garder mémoire de leurs initiatives par le biais de sites Web. Ces derniers sont davantage organisés en bibliothèque d’informations ou en espace de promotion. Autant que les entretiens de recherche ont pu le montrer, pour les organisations de femmes, féministes ou travaillant sur le genre au Sénégal et en Afrique du Sud, les supports Internet s’adressent généralement à des femmes, en milieu urbain (rarement rural), avec lesquelles des protocoles spécifiques de communication sont créés sans pour autant qu’ils aient fait l’objet d’une réflexion approfondie. Les sujets des actions par les TIC sont multiples. Ils peuvent porter tant sur l’utilisation des TIC afin de sensibiliser un public jeune pour l’abandon de l’excision, que sur le renforcement des moyens d’éducation, ou encore sur la compilation de récits de femmes, dans différentes langues locales, sur les effets de la pauvreté sur la vie des femmes, des violences, des droits, ou bien la diffusion de paroles de chansons de rap, dit féministe, … Les contenus peuvent également se limiter à la simple diffusion des coordonnées ou des rapports d’activité annuels des organisations.

La dernière option – diffusion des données élémentaires de l’organisation – reste majoritaire. En effet, même si beaucoup d’organisations de femmes ou féministes reconnaissent l’opportunité d’utiliser les TIC pour agir sur le changement social, leurs priorités, en termes de ressources financières et humaines sont dévolues ailleurs, dans le développement des activités de lutte contre les violences, la pauvreté… Les TIC sont écartées des luttes « principales ». Mercia Andrews, directrice de Trust for Community Outreach and Education (TCOE), une ONG spécialiste des droits des paysans, dira : « Nous avons des difficultés d’accès aux ordinateurs, aux compétences, à l’électricité, au réseau sans fil, toutes ces choses techniques que le gouvernement a essayé d’implanter sous forme de centres de télécommunication en zones rurales, mais qui n’ont pas marché. Concernant les femmes, c’est bien pire car, dans les zones rurales, dans la plupart de nos townships, ce sont les jeunes femmes qui rentrent à la maison après l’école et qui doivent s’occuper de leurs frères et sœurs, nettoyer la maison, faire la cuisine, faire attention aux enfants, au point qu’elles n’ont pas de temps supplémentaire pour apprendre à utiliser un ordinateur ». Aussi, n’ayant plus le temps de se consacrer à l’analyse des inégalités sociales et de genre qu’elles rencontrent tous les jours, ces organisations sont amenées à gérer ces inégalités au plus vite, dans l’immédiateté plutôt qu’à pouvoir y réfléchir à long terme.

Par conséquent, j’identifie une nouvelle frontière entre les enjeux des TIC et ce que serait les « autres » thèmes sur lesquels travaillent les organisations de femmes. La société de l’information ne fait pas partie des préoccupations de ces organisations alors même qu’elle sert de base de soutènement à un système économique qui augmente les violences, la pauvreté, les écarts de richesse, les risques de destruction des biens communs47… autant de sujets de mobilisation des mêmes organisations.

De plus, d’après ce que j’ai entendu au Sénégal et en Afrique du Sud, je peux affirmer qu’il existe une confusion entre les cibles des activités des organisations de femmes, qui sont essentiellement locales ou nationales, et les cibles des supports utilisant les TIC – que ce soit des sites Web, des listes de diffusion, des listes de discussion ou de campagnes SMS –, qui se trouvent partout dans le monde. Il existe peu d’imaginaire de comment recueillir des savoirs locaux de femmes ou encore de faire émerger des débats auprès de pans de population locale, dont les jeunes, notamment sur les questions liées aux inégalités de genre, afin de les diffuser auprès de ceux qui ont accès au réseau, pour la plupart des hommes de classe moyenne en Afrique, et des hommes et des femmes dans le Nord. Si bien que ces savoirs propres demeurent invisibles, enfouis, non publics. Pourtant, comme l’argumente l’historienne Michelle Perrot, par l’oralité et la création de leur Histoire, si les femmes se racontaient, elles négligeraient l’invisibilité qui leur est socialement et historiquement dévolue, transforment leur statut d’objet en sujet48. Le manque de prise sur le contrôle et les contenus des TIC par les femmes africaines prend ici sa pleine mesure. J’identifie une frontière de plus, une frontière épistémique, hiérarchisée de savoirs, entre hommes et femmes, du Nord et du Sud49.

Des poches d’innovation

Pourtant, il existe des poches d’innovation qui partent du constat que toute diffusion de contenus peut, voire sert à, engendrer des pistes de réflexion sinon d’action visant le changement social et incluant une perspective de genre. En Afrique de l’Ouest, l’exemple du projet de recherche, mené par l’unité genre de l’ONG enda Tiers-Monde avec le concours du Centre de recherches pour le développement international (CRDI), en tablant sur l’opportunité de l’utilisation citoyenne des TIC par les jeunes (filles et garçons) afin de faire la promotion de l’abandon de la pratique des MGF, a montré, que, malgré toutes les frontières identifiées supra, le débat émerge, les relations de pouvoir peuvent se transformer, jusqu’à développer une approche innovante de la gestion de la cité et du développement, ce qui dépasse largement les objectifs dudit projet. Cette recherche, qui s’est déroulée de 2007 à 2009, a lancé des dynamiques de changement et une conscience citoyenne aux niveaux local et régional, au Mali, au Burkina Faso et au Sénégal.

En effet, les principaux résultats de recherche révèlent la pertinence d’une démarche transdisciplinaire et réflexive créant les moyens d’une expression directe et de production de contenus des jeunes générations, « comme source d’enrichissement de la recherche en développement humain durable au stade de la société numérique globale »50. Cet exercice peut amplement être facilité par les TIC qui sont basées sur l’utilisation du langage hypertexte, qui permet de lier de façon horizontale les concepts tout autant que les pratiques. Cette approche permet également une appréhension transversale et participative de l’exercice de la citoyenneté, qui décloisonne la société, que ce soit selon les genres ou entre les générations. Selon l’ouvrage consacré à cette recherche51, elle a mis en évidence « le savoir-faire des jeunes et de leurs associations comme source d’enrichissement de la recherche en développement humain durable au stade de la société numérique globale ». Les auteures confirment : « La production endogène des contenus, par les filles et par les garçons, séparément, collectivement, et en face à face, a ouvert sur l’apprentissage du débat, des processus, de la réflexion, de l’analyse critique et réflexive, de la transversalité – nécessitant le renouvellement, la ré-interrogation, la mise en perspectives, indispensables à l’évolution des approches de l’humain, des pensées et des constructions sociales ».

Cette production et cette mise en débat permanente ont été rendues possibles par la mise en situation concrète de trois associations de jeunes de trois villes de province dans chacun des trois pays, mixant à parité garçons et filles. Ces jeunes ont abordé les concepts questionnés par la recherche – genre, citoyenneté, TIC, jeunesse, MGF –, selon différents moyens, dont l’expression libre lors d’une rencontre régionale et de rencontres locales en présentiel, pour lesquelles le ludique, le débat, la participation active étaient centraux. Par ailleurs, une partie des jeunes, au même niveau que les chercheur-es, a participé à l’évaluation de la recherche, ce qui a amené l’équipe de recherche à mettre en œuvre, voire à créer des modalités d’auto-apprentissage, d’auto-évaluation, et de formation de formateur-trices. Les formats mis en œuvre à ces fins ont été adaptés aux jeunes, et sont passés par l’expression théâtrale, les usages multimédia (prise de vue fixe et animée, prise de son, écriture et mise en ligne), l’interactivité – plusieurs listes de discussion numériques ont été ouvertes pour que chacun puisse s’exprimer librement tout au cours des différentes phases de la recherche –, des jeux de rôles, la création de blogs… Ces approches ont depuis généré à leur tour d’autres initiatives, puisqu’une fois le projet de recherche clos, les jeunes, dans les différentes communautés, ont continué à intervenir dans leur cité, soit en participant par exemple à la Journée Internet au Burkina Faso, avec au cœur des débats les inégalités de genre, soit encore en créant un blog sur la transversalité au Mali52. Enfin, des dynamiques locales ont été lancées, dont la création d’une organisation de femmes ouest-africaines sur la créativité53.

Le défi des méthodologies ici décrites a consisté à confier aux jeunes générations les rênes du débat sur des concepts « savants », concepts qu’ils ont eux-mêmes élaboré. Aussi sont-elles recommandées en matière de recherche, surtout dans un contexte global de mondialisation, afin d’appréhender un nouveau paradigme de développement, inclusif, transversal, réflexif, croisant plusieurs portes d’entrée dont le genre, la citoyenneté, la jeunesse et la société de l’information, notamment dans le contexte communautaire de la région d’Afrique francophone de l’Ouest.

Enfin, l’ouvrage conclut : « Il s’agit moins de voir “à quoi les TIC pourraient servir” que de voir “ce que les TIC apportent de nouveau, changent, et politisent” »54, en particulier quand les problématiques de recherche touchent le genre. En effet, cette recherche met l’accent sur l’urgence de ne plus compartimenter les concepts – genre, citoyenneté, jeunesse, TIC, violences … – et de cesser de travailler sur les zones d’intersection (par exemple entre jeunesse et TIC, développement et TIC, genre et développement…) au risque de maintenir dans l’invisible des pans entiers de la construction sociétale dont les rapports de pouvoir, les inégalités de classe, race et genre, les rapports Nord/Sud, sont partie intégrante. Elle engage à « politiser » les concepts de citoyenneté et de développement, en considérant les TIC comme moteur de changement, à condition que les acteurs institutionnels ou sociaux ne les isolent pas par essence, en tant qu’outils au simple service du renforcement d’un système économique, social ou politique existant, inégalitaire.

Pour finir, cette recherche s’est inscrite dans une logique incontournable de bascule entre les nécessaires besoins de « genrer les TIC » (identifier les inégalités de genre générées par les TIC) mais aussi d’utiliser les « TIC pour le genre » (viser le contrôle des TIC en tant que diffuseurs potentiels de contenus au service de l’analyse différenciée de genre de la société) afin d’assurer l’exercice d’une citoyenneté active.

Conclusion

Les frontières tant nationales que de genre sont largement reflétées dans le cyberespace, en Afrique comme ailleurs. L’Internet ou les télécommunications connaissent, comme sur le terrain réel, et en particulier parce qu’ils sont ancrés dans le secteur de l’information, des frontières géographiques, sociales, politiques, sexuelles, épistémiques. Cette analyse est le résultat de l’étude des approches des différents acteur-trices impliqué-es dans la société de l’information.

Les institutions internationales qui visent la réduction de la fracture numérique de genre affichent une tendance qui privilégie l’amélioration de l’accès et les capacités pour les femmes, au détriment du contrôle de ces infrastructures, des politiques mises en œuvre et de la production du contenu. De fait, cette démarche investit davantage dans les techniques que dans la participation politique. Elle révèle les enjeux politiques et économiques d’une transformation sociétale en profondeur qui connaît des rapports sociaux de sexe différenciés, générant des inégalités hommes/femmes. Cette « nouvelle » société recherche davantage des consommateurs d’outils et de techniques plutôt que des producteurs de contenus.

Pour leur part, la plupart des organisations de femmes ou féministes, tout en étant exclues de ce processus accéléré, semblent tolérer et creuser cette nouvelle frontière (entre technique et politique). Cette tolérance, une fois analysée, permet alors d’isoler, parmi les actions de certains mouvements et organisations de femmes ou féministes en Afrique, des espaces de débats où les politiques se discutent (santé, éducation, développement, citoyenneté…), le changement social se produit, grâce aux TIC.

Aussi, les frontières de genre de la société de l’information présentent-elles deux faces, comme les deux façades d’un mur, qu’il est improductif d’ignorer ou de tenter de détruire, parce qu’elles révèlent les deux pans d’une société mondialisée en maturation : productrice d’impuissance tout autant que de puissance.

 

Joelle Palmieri

Janvier 2014

 

 

Notes

  1. 1. Joelle Palmieri, « Technologies : Produits Du Pouvoir Et Productrices D’impuissance », in From cyborgs to Facebook, technological dreams and feminist critiques (Bruxelles : Sophia, Revue Sophia actes du colloque d’octobre 2011, juin 2012), 115-117.
  2. Caroline Galactéros-Luchtenberg, « Les enfants honteux de la modernité stratégique », in « Crises et modernité », (Paris : Agir n° 18, juin 2004), 154-165, <http://www.planeting.org/articles/AGIR4.pdf&gt;, consulté le 19 mars 2010.
  3. Gail Dines & Jean-McMahon Humez, Gender, Race, and Class in Media (Thousand Oaks : Sage Publications, 2002), 792 p.
  4. Le terme « frontière » est ici utilisé pour caractériser toutes lignes de séparation qui permettent de cartographier un territoire, et notamment ici la Société de l’information.
  5. François Ascher, La Société hypermoderne. Ces événements nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs (La Tour d’Aigues : L’Aube, 2004), 300 p.
  6. Mousso Dambe à Bobo-Dioulasso au Burkina Faso, Nietàa à Ségou au Mali et les Clubs EVF du Pole régional du GEEP à Tambacounda au Sénégal.
  7. Pour une analyse plus détaillée, voir l’ouvrage de Marie-Hélène Mottin-Sylla & Joelle Palmieri, excision : les jeunes changent l’Afrique par les TIC (Dakar : enda, 2009), 97, <http://idl-bnc.idrc.ca/dspace/handle/10625/39552&gt;, consulté le 24 janvier 2014.
  8. Serbie-Monténégro, Macédoine, Bulgarie et République tchèque. Dans le cadre des résultats du projet, j’ai co-écrit un ouvrage : Christina Haralanova & Joelle Palmieri, Strategic ICT for Empowerment of women – WITT Training Toolkit (Amasterdam: Women Information Technology Transfer, 2008).
  9. Qui prend en compte l’analyse de la construction des rapports sociaux de sexe.
  10. En mars 2009 au Sénégal et en avril 2009 en Afrique du Sud.
  11. L’écrivain William Ford Gibson a créé le terme « cyberspace » puis une iconographie de l’ère de l’information avant-même la reconnaissance de l’Internet dans les années 1990. William Ford Gibson, Burning Chrome (Ace: 1986).
  12. Laura J. Gurak, Persuasion and Privacy in Cyberspace (New Haven: Yale University Press, 1997).
  13. L’évaluation du taux de pénétration africain par L’union internationale des télécommunications montre pourtant comme elle progresse rapidement. <http://www.itu.int/ITU-D/ict/newslog/CategoryView,category,Africa.aspx>, consulté le 23 janvier 2014.
  14. Voir dans le cadre de la préparation du Sommet, Bamako 2002 : Placer le genre au centre du Sommet Mondial sur la Société de l’Information, Caucus sur le Genre, Conférence préparatoire régionale africaine du Sommet mondial sur la Société de l’information (2002)- <http://www.genderwsis.org/uploads_media_French_Statement_Bamako2002.pdf>, consulté le 23 janvier 2014.
  15. enda, « Fracture numérique de genre en Afrique francophone : une inquiétante réalité », in Études et Recherches, Réseau genre et TIC n° 244 (Dakar : enda, 2005), 15, <http://www.apc.org/fr/system/files/fracturenumeriquedegenre.pdf >, consulté le 23 janvier 2014.
  16. Ibid.
  17. Plateforme d’action de Pékin, <http://www.un.org/french/womenwatch/followup/beijing5/docs/prgaction.pdf&gt;, consulté le 1er mars 2010.
  18. Anita Gurumurthy, Gender and ICTs: Overview Report (Londres : Bridge, 2004, 52 p.), 22, <http://www.bridge.ids.ac.uk/reports/cep-icts-or.pdf&gt;, consulté le 14 mai 2011.
  19. Ibid.
  20. Harron Bhorat, Carlene Van der Westhuizen & Toughedah Jacobs, Income and Non-Income Inequality in Post-Apartheid South Africa: What are the Drivers and Possible Policy Interventions?, (document de travail pour la Development Policy Research Unit (DPRU), 09/138 août 2009), 8, <http://dspace.cigilibrary.org/jspui/bitstream/123456789/25145/1/Income%20and%20Non-Income%20Inequality%20in%20Post-Apartheid%20South%20Africa%20-%20What%20are%20the%20Drivers%20and%20Possible%20Policy%20Interventions.pdf?1&gt;, consulté le 23 janvier 2014.
  21. Jeremy Seekings & Nicoli Nattrass, Class, Race, and Inequality in South Africa (Yale University Press, 2005).
  22. Le terme « Occident » désigne les pays d’Europe de l’Ouest, d’Amérique du Nord ainsi que l’Australie et la Nouvelle-Zélande et leurs socialisations. Ces régions du monde se considèrent elles-mêmes et sont considérées par les organisations internationales, et par une partie des organisations de la société civile au niveau global, comme au « Nord ». C’est dans cette région que se décident globalement les politiques de TIC (l’ensemble des politiques relatives à la réglementation des usages des TIC). Ce « Nord » s’oppose à un « Sud » et, selon Edward Saïd, à l’« Orient» (l’Autre), qui est « une création de l’Occident, son double, son contraire, l’incarnation de ses craintes et de son sentiment de supériorité tout à la fois ». Edward W. Saïd, L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident (Paris : Le Seuil, 1997) (Parution originale 1980), 422 p., 210.
  23. Anup Shah, Conflicts in Africa, in « Introduction » (Global Issue, 12 mai 2010), <http://www.globalissues.org/article/84/conflicts-in-africa-introduction>, consulté le 23 janvier 2014.
  24. Ibid.
  25. Massoud Karshenas, « Measurement and Nature of Absolute Poverty, in “Least Developed Countries» (Economic Working Paper Series, n° 129, University of London, School of Oriental and African Studies (SOAS), Department of Economics, 2002), <http://eprints.soas.ac.uk/115/1/econ129.pdf&gt;, consulté le 23 mars 2009.
  26. Albert O. Hirschman, Exit, Voice, and Loyalty: Responses to Decline in Firms, Organizations, and States (Cambridge, MA: Harvard University Press, 1970).
  27. Wilbert Gooneratne & Elisabeth Mosselman, « Planning across the borders”: border regions in Eastern and Southern Africa», in Anthony Asiwajo & M. E. J. A. (Marlies) de Leeuw, Border Region Development in Africa: Focus on Eastern and Southern Sub-Regions (UNCRD Research Report Series, Nagoya (Japon), n° 29, 1996), 360 p., 33-53.
  28. Danièle Kergoat, « Division sexuelle du travail et rapports sociaux de sexe », in Helena Hirata & alii (dir.), Dictionnaire critique du féminisme (Paris : PUF, 2000) (2e édition augmentée 2004), 315 p., 35-44.
  29. Margaret Gallagher, An Unfinished Story : Gender Patterns in Media Employment (Paris : Unesco, 1995).
  30. Leslie Reagan Shade, Gender & Community in the Social Construction of the Internet (New York: Peter Lang, 2002).
  31. Selon l’Unesco, « sur les 21 pays où le taux d’illettrisme des adultes est estimé supérieur à 50%, 13 sont situés en Afrique subsaharienne. Les femmes comptent pour les deux-tiers ». (The long road to literacy in Africa, 2002). Par ailleurs, selon l’Onu, « 19 pays africains subsahariens présentent des taux d’alphabétisation des femmes inférieurs à 30% et on estime à moins de la moitié des filles âgées de 6 à 11 ans qui vont à l’école » (Africa Recovery, Vol.11#4 – March 1998, page 11). Voir aussi “Opportunities lost: The impact of grade repetition and early school leaving”, Global education digest 2012 – <http://www.uis.unesco.org/Education/Documents/ged-2012-en.pdf>, consulté le 23 janvier 2014.
  32. Selon l’Institut international des statistiques sur l’Internet, Internet World Stats, il n’existe pas de données régionales désagrégées par sexe sur le nombre d’utilisateurs africains de l’Internet, mais le taux d’accès africain global est estimé à 7% (Internet World Stats, 2012 – <http://www.internetworldstats.com/stats.htm>, consulté le 23 janvier 2014). Concernant la pénétration de la téléphonie mobile, le Groupe Speciale Mobile Afrique (GSMA) dans sa dernière étude intitulée “Sub-Saharan Africa Mobile Economy 2013”, l’évalue en 2013 à 33% et estime qu’elle augmente très rapidement (<http://www.gsmamobileeconomyafrica.com&gt;, consulté le 23 janvier 2014). Selon la Commission des études de l’Afrique de 2004, le téléphone mobile semblait être « un outil neutre au genre » (<http://gamos.org.uk/images/documents/The%20Impact%20of%20Mobile%20Phones%20in%20Africa%20-%20Report.pdf>, consulté le 23 janvier 2014).
  33. Selon la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, « alors que le nombre de personnes vivant dans la pauvreté a chuté dans toutes les régions en développement dans le monde entre 1990 et 2000, ce chiffre augmente actuellement en Afrique, atteignant plus de 82 millions. Les femmes africaines constituent la majorité des pauvres tant en milieu urbain que rural (atteignant plus de 70% dans certains pays) ». Seventh African Regional Conference on Women (Beijing + 10) – Decade Review of the Implementation of the Dakar and Beijing Platforms for Action: Outcome and the Way Forward, Addis Ababa, 12-14 October 2004 – <http://www.un.org/spanish/events/beijing10/documents/ECAOutcomeDocument-English.pdf>, consulté le 23 janvier 2014.
  34. Par exemple, le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) estime que ces obstacles liés à l’accès et aux capacité est une priorité. Lire à ce propos Eva Rathgeber & Edith Adera, L’inégalité des sexes et la révolution de l’information en Afrique (Ottawa : CRDI, 2002), , consulté le 23 janvier 2014.
  35. enda, « Fracture numérique de genre en Afrique francophone : une inquiétante réalité », Études et Recherches, in Réseau genre et TIC n° 244 (Dakar : enda, 2005), <http://www.apc.org/fr/system/files/fracturenumeriquedegenre.pdf >, consulté le 23 janvier 2014.
  36. Dan Schiller, Digital Capitalism: Networking the Global Market System (The MIT Press, 1999).
  37. Anita Gurumurthy, Gender and ICTs: Overview Report (Londres : Bridge, 2004, 52 p.), <http://www.bridge.ids.ac.uk/reports/cep-icts-or.pdf&gt;, consulté le 14 mai 2011.
  38. De nombreuses études ont mis en lumière des inégalités de genre dans les medias, parmi lesquelles Gender and Media Baseline Study (GMBS) conduite en septembre 2002 par l’organisation sud-africaine GenderLinks – <http://www.genderlinks.org.za/article/gender-and-media-baseline-study-full-text-2009-11-16>, consulté le 23 janvier 2014.
  39. Eric B. Weiser, Gender Differences in Internet Use Patterns and Internet Application Preferences: A Two-Sample Comparison (CyberPsychology & Behavior, avril 2000).
  40. Richard Poulin, Le marché mondial du sexe au temps de la vénalité triomphante – L’essor du système proxénète dû à la mondialisation (Sisyphe, 2004), <http://sisyphe.org/article.php3?id_article=908>, consulté le 23 janvier 2014.
  41. Rishab A. Ghosh & alii, Part 4: Survey of Developers, In Free/Libre and Open Source Software: Survey and Study (International Institute of Infonomics University of Maastricht, The Netherlands, 2002), <http://flossproject.org/report/FLOSS_Final4.pdf&gt;, consulté le 23 janvier 2014.
  42. Gillian Marcelle, « Thinking BIG to Accelerate Gender Equality and Transformation in the ICT Arena», in Cecilia Ng & Swasti Mitter, Gender and the Digital Economy – Perspectives from the Developing World (Saga Publications, 2005), 231-252.
  43. Il n’existe pas d’études sur les propriétaires des entreprises de télécommunications, mais si l’on regarde les noms des membres des conseils d’administration de chaque entreprise intervenant en Afrique, comme ailleurs, on peut observer qu’ils sont majoritairement masculins.
  44. Nancy Hafkin & Nancy Taggart, Gender, Information Technology and Developing Countries, (AED LearnLink, 2001).
  45. Anita Gurumurthy (dir.), Gender in the Information Society: Emerging Issues (New York: PNUD, 2006).
  46. Lize De Clercq, « Les mouvements de femmes placent le ‘genre’ à l’agenda de la société de l’information », in ada online et la société de l’information, dir. (Bruxelles : ada, 2004), <http://www.ada-online.org/frada/article.php3?id_article=106&gt;, consulté le 23 janvier 2014.
  47. Manuel Castells, La Galaxie Internet (Paris : Fayard, 2002), 368 p., 10.
  48. Georges Duby & Michelle Perrot (dir.), Histoire des femmes en Occident (Paris : Plon, 5 volumes, 1990-1991).
  49. Je ne développerai pas ici toutes les questions liées à l’utilisation majoritaire de l’anglais sur la toile – l’anglais est utilisé dans près de 80% des contenus des sites Web –, ni celles liées à la provenance des contenus : l’Afrique génère environ 0,4% du contenu global, 0,2% en excluant l’Afrique du Sud. Sur ces 0,2% de contenus africains, moins du tiers est produit par des femmes (Colleen Morna Lowe & Zorha Khan, Net gains: African women take stock of information and communication technologies (recherche de l’Association of Progressive Communicators-Africa-Women & Femnet, Johannesbourg : Gender Links, 2000), 107 p., 52, <http://www.apc.org/fr/system/files/Net%20Gains%20Women%20in%20Africa%20Take%20Stock%20of%20ICTs.pdf>, consulté le 24 janvier 2014). Ce qui fait chuter le pourcentage de contenus créés par des Africaines dans le monde à 0,07%.
  50. Marie-Hélène Mottin-Sylla & Joelle Palmieri, excision : les jeunes changent l’Afrique par les TIC (Dakar : enda, 2009), 97, <http://idl-bnc.idrc.ca/dspace/handle/10625/39552&gt;, consulté le 24 janvier 2014.
  51. Ibid.
  52. Transversalité, <http://transversalite.fr.gd/,&gt; consulté le 24 janvier 2014.
  53. Afriques créatives, <http://www.afriquescreatives.org>, consulté le 24 janvier 2014.
  54. Op. cit. : 101.
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