Tragédie celtique

IMG_9001« Un despote a décidé de partager son royaume entre ses trois filles en fonction de l’amour qu’elles lui exprimeront. La réponse de sa cadette, qui est aussi sa préférée, ne répond pas à son attente. Il la déshérite alors au profit de ses sœurs, bannit son fidèle ami qui prenait sa défense, et ne conserve de son pouvoir que le titre de monarque ainsi qu’une escorte avec laquelle il séjournera alternativement chez ses gendres. L’aveuglement du vieux souverain devant la sincérité́ de sa fille bien-aimée, déchaînant autour de lui la cupidité́, la sauvagerie, la cruauté́ la plus sinistre, le voue à l’errance et à une déchéance inouïe. Abandonné de presque tous, sans abri et privé de raison, le vieux monarque devient le sujet d’une effroyable expérience : comme si le souverain médiéval, qui trônait au sommet d’un cosmos ordonné, était précipité́ dans le chaos, mais aussi, hors de tout sens, à la rencontre d’une condition mortelle à laquelle rien n’aura jamais été́ promis. Le despote est pressé dans ses maux par un acte libre dicté par son orgueil. Son châtiment, sa folie, sa découverte progressive de faits et de vérités qu’il méconnaissait autrefois semblent une suite d’événements d’autant plus tragique et touchante. Trahi par ses filles ainées et leurs époux, contraint de quitter son royaume, ce père, accompagné de son bouffon et de son fidèle ami, erre dans la lande. Le vieux roi perd la raison. Il sera poursuivi puis exécuté en essayant de sauver sa cadette, elle-même pendue. »

Cette histoire se situe 1 500 ans avant l’ère chrétienne, et a été écrite par William Shakespeare entre 1603 et 1606. Elle relate les aventures du Roi Lear et de ses trois filles, Goneril, Régane et Cordélia. Elle évoque la figure légendaire de Leir, roi mythique de l’île de Bretagne à l’époque celtique précédant la conquête romaine et de sa fille Cordélia. 3 515 ans plus tard, dans une résidence de la Trinité-sur-mer dans le Morbihan, se joue la même tragédie. Un père, entouré de ses trois filles, se voit vieillir. Après avoir érigé un potentat, dicté ses infamies, agi cruellement, inspiré maintes trahisons, surmonté et bravé les épreuves, accumulé fortune, le despote, fervent croyant, a misé sans hésitation sur sa fille préférée, la cadette. En enfant aimante mais éclairée, elle a fait mine de ne pas répondre aux injonctions de son père, tout en répliquant le dogme. Elle l’a dédaigné. Seule fille non mariée, il a souhaité la répudier comme s’il en avait le pouvoir, celui du mari, dans la majorité des religions. Il n’a plus supporté qu’elle porte son patronyme. Il s’en trouvait sali, bafoué. La propriété du nom, celle du pater est sacrée. Et l’autorité qui va avec également. Les membres de la famille de sexe féminin – fille, mère, épouse – en sont exclus, par tradition. Par application stricte et rigide du patriarcat. Le temps va passer. Les deux personnages vont-ils finalement se rejoindre jusque dans la mort ?

Joelle Palmieri
7 mai 2015

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  1. […] Le mercredi 21 octobre, le premier débat radiotélévisé entre les quatre principaux candidats du coin, Marion Maréchal Le Pen (FN), Christian Estrosi (Les Républicains), Christophe Castaner (PS) et Sophie Camard (EELV- Front de Gauche) a bien planté le décor. Le Niçois a voulu fustiger sa rivale, en lui lançant que son programme était « celui de sa tata ». Par discussions sur la sécurité dans les trains régionaux, les mosquées, les repas de substitution dans les lycées et bien d’autres sujets de stigmatisation de la population régionale dite « non française », on a assisté à la fois à une joute paternaliste et sexiste interne à une famille politique raciste et à la maladroite mise en scène d’une parodie de la saga familiale la plus populaire de France. […]

  2. […] Le mercredi 21 octobre, le premier débat radiotélévisé entre les quatre principaux candidats du coin, Marion Maréchal Le Pen (FN), Christian Estrosi (Les Républicains), Christophe Castaner (PS) et Sophie Camard (EELV- Front de Gauche) a bien planté le décor. Le Niçois a voulu fustiger sa rivale, en lui lançant que son programme était « celui de sa tata ». Par discussions sur la sécurité dans les trains régionaux, les mosquées, les repas de substitution dans les lycées et bien d’autres sujets de stigmatisation de la population régionale dite « non française », on a assisté à la fois à une joute paternaliste et sexiste interne à une famille politique raciste et à la maladroite mise en scène d’une parodie de la saga familiale la plus populaire de France. […]



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