Antigone, reviens ! La marge n’est plus ce qu’elle était…

IMG_9381À l’heure où les langues se délient sur la « crise » grecque et les leçons de « démocratie » de son peuple, les doigts de mes mains me démangent. Fourmillent. Aurais-je l’esprit mal placé ? À toujours fureter dans l’info ou dans les commentaires, la trace d’une opinion, d’un point de vue, d’une analyse, d’une statistique même, sur qui est ce peuple et ceux qui les gouvernent, ce qui les anime, je ne trouve trace de femmes. Je cours après Antigone, symbole, s’il en faut de l’opposition au pouvoir dominant, quel qu’il soit : aujourd’hui le FMI, l’UE mais aussi le Syriza. Antigone, égérie de la périphérie, écartée du centre : blanc, mâle, hétérosexuel. Antigone, figure de l’opposition à l’autoritarisme, inspiratrice de la dramaturgie espagnole pendant la dictature franquiste. Antigone, incarnation de la marge, parce que dans l’opposition, hors norme, menaçante pour ces congénères. Et je désespère…

Comme en Espagne, même si deux femmes – indignées – ont récemment été élues maires des deux plus grandes villes, Madrid et Barcelone, les têtes des partis au pouvoir demeurent curieusement masculines. Sur les images d’Athènes, les figures féminines qui sont données à voir sont celles des épouses au bras de leurs révolutionnaires de maris : le premier ministre, Alexis Tsipras, ou encore le ministre des finances démissionnaire, Yanis Varoufakis. Au gouvernement, on compte seulement six femmes parmi la quarantaine de ministres, ministres adjoints et secrétaires d’Etat. Et aucune n’occupe de poste-clé. Un progrès certes par rapport aux prédécesseurs : un seul membre féminin. Alors, on se demande pourquoi. Cette démocratie – dêmos (« peuple »), kratos (« pouvoir ») : pouvoir au peuple – serait-elle, depuis longtemps et sans l’ombre d’un changement ou d’une volonté de changement, une patercratie – pater (« père »), kratos (« pouvoir ») : pouvoir au mâle ? Je le crains.

Force est de constater, sans que cela soit clairement précisé, ni par les commentateurs, ni par les « résistants » au joug libéral de la Troïka, qu’il existe en Grèce deux catégories de pauvres, d’exclus, d’opprimés. Les hommes… et les femmes. Quelques études ont montré qu’avec un chômage record, des salaires réduits et des services publics anéantis, ce pays est un endroit impossible à vivre pour quiconque. Une personne sur trois y vit en-dessous du seuil de pauvreté. Mais, la situation est encore plus grave pour les femmes, car dans cette société fortement patriarcale, elles portent un « double fardeau » : elles sont non seulement particulièrement atteintes par la fameuse crise – par exemple, selon les autorités statistiques nationales, plus d’un quart des femmes (26%) étaient sans emploi en mars 2012, comparativement à 19% des hommes, elles sont plus touchées par les compressions de personnel car majoritairement employées dans le secteur public, et, pour celles qui travaillent, l’écart de salaire entre hommes et femmes s’élève à 20% dans le secteur privé et à 7% dans le secteur public –, mais assurent la part du lion du travail de soin, nutrition, éducation des familles. De plus la violence domestique a augmenté, le nombre de femmes seules avec enfants, et/ou sans logement, aussi, et les lois visant l’égalité hommes/femmes ont été mises au rencard. Jugées non prioritaires. En parallèle et depuis 2008, date où cette crise financière est apparue, le nombre de femmes qui se prostituent a été multiplié par 1,5. De plus en plus de femmes proposent des rapports sexuels pour de l’argent – ce qui signifie que des hommes les consomment –, illégalement dans la plupart des cas, dans le but de mettre de l’huile d’olive sur le pain de leurs enfants ou d’elles-mêmes. S’ajoutent alors des problèmes sanitaires, policiers, judiciaires, de violence…

Alors, « Oxi ». « Oxi » au rouleau compresseur libéral européen, aux diktats des puissants, mais aussi à cette démocratie en demi-ton. De pacotille. On va droit dans le mur.

Joelle Palmieri
7 juillet 2015

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Comments
5 Responses to “Antigone, reviens ! La marge n’est plus ce qu’elle était…”
  1. popooo dit :

    L’anonyme Antigone s’il on veut, mais je trouve tout de même injuste de ne pas citer Zoe Konstantopoulou, aujourd’hui présidente du parlement, hier députée solitaire :

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  1. […] « Solitaire », c’est le terme (je m’inspire du commentaire laissé au pied de ma dernière humeur). Cette jeune femme politique est une frondeuse, solitaire. À l’initiative de la création de la […]

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