De Zoe Konstantopoulou à Bujumbura : le potentiel au pouvoir !

IMG_9172Oui. D’accord, en appelant Antigone à l’aide l’autre fois, j’ai omis de citer Zoe Konstantopoulou. Sa présence au sein du pouvoir grec depuis le 6 février 2015, en tant que présidente du Parlement, n’enlève rien à la spécificité très masculine de ce gouvernement révolutionnaire mais mérite en effet qu’on s’intéresse au personnage. Isolée. « Solitaire », c’est le terme (je m’inspire du commentaire laissé au pied de ma dernière humeur). Cette jeune femme politique est une frondeuse, solitaire. À l’initiative de la création de la « commission pour la vérité sur la dette grecque », en opposition au vote de « l’accord européen » du 12 juillet ramené par son Alexis Tsipras de Premier Ministre et collègue, elle tient le pavé à coup de déclarations, d’articles, hauts en couleur, étayés, et assume sa place d’opposante. De militante. De gauche. Elle entend réhabiliter les termes souveraineté, démocratie, justice, droits fondamentaux, combat… (discours au Parlement grec du 22 juillet 2015). Elle parle également de chantage, menace, agression, ingérence, nuisance, humiliation, destruction, choc, poison, perversité, anéantissement. Autant de mots puissants qu’elle associe vertement à la troïka et à ses manœuvres financières à l’égard de l’État grec et de sa population. Toutes injustes, selon la magistrate, avocate de profession. Elle nie d’ailleurs le mot « accord », car il est antonyme de soumission. Les esclaves ne peuvent approuver leurs maîtres. Ils les subissent. Ils obéissent. Elle le rappelle simplement. Y compris à ses collègues de Syriza. Appelle à résistance. Cette ancienne stagiaire du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie à La Haye, veut en découdre avec les patrons des banques européennes, en tant que criminels.

Alors, chapeau bas.

Toutefois, hormis les milliers de personnes anonymes qui descendent dans la rue pour crier leur peur du cataclysme, par qui Zoe Konstantopoulou est-elle entendue ? Soutenue ? Épaulée ? Accompagnée ? Rattrapée ? Par quel mouvement ? À 9 300 kilomètres de là, au Burundi, des centaines de femmes ont peut-être donné l’exemple. Elles ont réussi à braver l’interdit de manifestation pour empêcher le Président Nkurunziza de briguer un anticonstitutionnel troisième mandat. En vain certes. Mais à Bujumbura, bien qu’ayant reçu des menaces de mort, malgré la répression quotidienne, la guerre larvée et la pression de l’exil, elles ont marché et ont organisé un sitting pour « la paix, l’unité et la démocratie ». Les autres, des hommes, avaient échoué. Elles ont joué sur le paternalisme indélébile du pouvoir et de ses forces armées qui n’ont pas osé les molester, leur tirer dessus, les tuer. Parce que femmes, ayant besoin de protection.

Là est le paradoxe. La démocratie est malmenée ça et là, ici et ailleurs, par les autocrates de tout bord, financiers, militaires, religieux, habités par une soif inconsidérée de domination. Masculine pour le moins, qu’ils soient hommes ou femmes. Cette soif les aveugle, les guide, les structure, au point qu’aucune négociation n’est possible. Le possible déstabiliserait ces dominants. Le potentiel détruirait la domination, en tant que telle. Le pouvoir de chacun et de chacune annihilerait les piliers de l’hégémonie et de ses soubassements, l’oppression et l’aliénation. En s’exhibant, en s’illustrant, en se rendant visible, ce pouvoir « commun » et quotidien couperait les fils des pantins qui interprètent la pièce mondiale du système dominant. Ces résistantes burundaises l’ont bien compris.

Joelle Palmieri
28 juillet 2015

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