Hiroshima, Nagasaki, une histoire de mecs

Image 16 août 2015. Triste anniversaire. La presse et les officiels s’en accordent. On compte les morts, plus largement les victimes, ou plutôt on rappelle leurs chiffres, à Hiroshima, et trois jours plus tard à Nagasaki. Il y a soixante-dix ans. Des voiles sont levés, comme l’abandon des rescapés au lendemain du désastre. Par les uns, et les autres. Les « Américains », les « Japonais ». Une chose me frappe néanmoins. Je regarde les images d’archives en boucle, lis les articles de presse et les mots « Little boy », « Fat man », « Enola Gay », « Bocksman » résonnent sans qu’aucun rebond ne traverse la liturgie des cérémonies. Pourtant disons les choses comme elles sont. Le 6 août 1945, Enola Gay, nom emprunté à la mère du pilote du bombardier nucléaire, a accouché d’un Little boy, un petit garçon. Pas d’une petite fille. Ce petit garçon a tué 120 000 personnes. Le 9 août suivant, Bocksman – jeu de mots entre « boxcar » et « man », un homme-container – a chié  Fat man, un homme obèse. Pas une femme obèse. Ce colosse a exterminé 70 000 personnes. Pourquoi cette rhétorique aussi sexuée passe-t-elle au travers de l’histoire ? Les militaires et industriels états-uniens de l’époque, dans leur inconscient guerrier, ne s’y trompaient pas. L’heure était à la démonstration de leur puissance hégémonique et question hégémonie, l’équivoque sexuelle n’existe pas. L’affirmation de la domination pour quelques décennies se conjugue bien au masculin et l’enfantement de cette domination installe les rôles différenciés des hommes et des femmes partout dans le monde : les femmes à la re-production des forces de production, les hommes à l’alimentation de cette production.

Les Japonais vaincus, de leur côté, ne s’y sont pas trompés. Les autorités, en exigeant l’omerta complète, et en laissant, au lendemain du massacre, le pouvoir local aux Yakuza, la maffia nationale, ont entériné la division du travail : les orphelins ont été séparés en deux groupes distincts, les garçons et les filles. Les garçons sont devenus des délinquants, des guerriers au service du trafic en tout genre. Les filles, raptées, sont venues gonfler les rangs des bordels locaux et plus lointains.

Décidément, les lecteurs de l’histoire guerrière ont la mémoire qui flanchent… je ne me souviens pas pourquoi.

Joelle Palmieri
6 août 2015

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Comments
2 Responses to “Hiroshima, Nagasaki, une histoire de mecs”
  1. raimanet dit :

    A reblogué ceci sur Boycottet a ajouté:
    une histoire de mecs, mais pas vraiment des couillus … même pas virils !!!

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