L’image du bonheur

IMG_2553Jeune, blond, hétérosexuel, richissime, états-unien, Mark Zuckerberg pourrait incarner le héros d’un soap glamour à grande audience. Le pitch ? Un jeune chef d’entreprise ambitieux se substitue définitivement à l’État, en diffusant une image paternaliste et familialiste, sauce moderne. Le tee-shirt est de mise. Le costard au placard. Pour gagner les faveurs de ses consommateurs et clients, il profite de la naissance de sa fille pour annoncer un legs de 42 milliards d’euros à une fondation caritative. Il souhaite promouvoir un monde meilleur pour les générations à venir, partout dans le monde. Dans la foulée, il révolutionne les codes du travail de son pays et prend un congé parental de quatre mois. Le discours a valeur d’exemple, pour ses congénères masculins comme pour les entreprises de son secteur. Son père spirituel, Bill Gates, avec qui il entretient des relations précieuses, content du chef d’œuvre de sa progéniture, s’empresse de surenchérir en officialisant à l’ouverture de la COP21 à Paris-Le Bourget le lancement d’une coalition d’investisseurs privés dans les énergies « propres ». La famille est au complet : Marc Benioff (Salesforce), Jeff Bezos (Amazon), Reid Hoffman (LinkedIn), Jack Ma (Alibaba), Xavier Niel (Iliad/Free), Hasso Plattner (SAP), George Soros (Soros), Meg Whitman (HPE) et le fils chéri. Les femmes sont parties faire des emplettes. Dont celle de Meg… Ces anciens brillants étudiants informaticiens, devenus supermen de la Bourse, ou transfuges masculins de l’industrie informationnelle, scotchés toute la journée, voire plus, à leurs développements logiciels et autres courbes financières, vont-ils réussir à privatiser le monde ? Comme le petit Mark, vont-ils enrichir leur empire à coups de déduction fiscale et de non paiement de frais de succession, de diffusion encore plus massive de leurs logiciels à obsolescence programmée et à effet neuroleptique assuré ? Vont-ils achever leur croisade contre les méchants pauvres qui ne sont pas connectés à Internet ? Vont-ils réussir à définitivement leur imposer des savoirs dont ils sont les seuls propriétaires ? Vont-ils finaliser leur œuvre d’appropriation du corps de leurs épouses à des fins commerciales ? Vont-ils achever leur opération de destruction massive de la parole des femmes ? Leur arrogance violente va-t-elle enfin faire foi ? Ou vont-ils devenir les premiers suspects d’un génocide épistémique ? Peu d’enquêteurs sont sur l’affaire, mais le suspens est à son apogée.

Joelle Palmieri
3 décembre 2015

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