The Patriot Game

IMG_4325Je déteste l’arbitraire. Celui qui dépend uniquement d’une décision individuelle, hors de soi, hors d’une raison commune. Celui qui réduit l’essentiel au caprice. Celui qui transforme le réel en mensonge. Celui qui détourne de la liberté. Celui qui nourrit au creux du ventre le sentiment d’une injustice infinie. Celui qui terrasse. Celui qui fait violence. Celui qui anime la chasse au faciès, le rejet de l’Autre, les simplifications et détournements discursifs. Celui de Marine Le Pen qui s’approprie le mot « patriote » en lieu et place de « nationaliste ». Moins connoté. Moins hégémonique. Moins autoritaire. Moins fascisant. Plus populaire. Plus proche de la loi du pater-père-patrie. La terre des ancêtres. Rassurant. Protecteur. Celui de Christian Estrosi qui, dix-sept ans après son alliance avec les faschos de sa région, se découvre « résistant ». Le mot-clé. Le sauve-conduit. L’antidote de la collaboration raciste française. Le déni. Celui de Manuel Vals qui clame avoir vaincu le Front National alors que ce parti a progressé de 10% sur tout le territoire. La peur du réalisme politique. Le voile de l’échec. L’aveuglement mensonger. Celui de l’ensemble de ces chevaliers modernes de l’art politique qui progressent concomitamment vers la négation définitive des divisions de classe, de race, de sexe et des modes de pensée qui les construisent. Celui de la « société sans classes » de Hannah Arendt. Celui du système totalitaire. Ce système qui organise les relations entre État et population et qui, selon la philosophe allemande, se caractérise par la manifestation de « mouvements totalitaires [qui] visent et réussissent à organiser des masses – non pas des classes, comme les vieux partis d’intérêts des États-nations européens ; non pas des citoyens ayant des opinions sur, et des intérêts dans le maniement des affaires publiques […] »[1]. Celui qui entend instaurer un nouvel ordre mondial. Celui qui instaure, pour un temps, le lien entre élite et populace[2]. Bien éloignées et distinctes l’une de l’autre. Celui avec qui la réécriture de l’histoire va de pair. Joue un rôle majeur. Celui qui vertèbre l’imposture. Celui qui entérine la fin de la démocratie. Qui alimente les guerres. Celui qui garantit la capture des mots, paroles et savoirs de celles et ceux qui n’ont pas de tribune.

Joelle Palmieri
17 décembre 2015

[1] Les origines du totalitarisme, trad. P. Lévy, Paris, Gallimard, coll. Quarto, 2002, p. 613.

[2] Ibid., p. 637-638.

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