Tunnels, tunnels…

IMG_201433. 33 hommes. Au moins 33 fois. Violée. Enfilée. Entubée. La Mina. On a « creusé un tunnel dans la mine ». Ou encore « l’État de Rio ouvre un nouveau tunnel pour le train à grande vitesse », écrira un des criminels, sans doute en référence béate aux chantiers sans fin des Jeux Olympiques du mois d’août. Fier de sa blague, le gamin. Prompt à remettre ça, sur une autre, une copine, la sienne, sa femme, sa sœur, sa nièce. Tout comme ses lecteurs. À l’unisson. Elles en veulent. Elles ne demandent que ça. C’est leur façon de baiser. Voire même avec plusieurs mecs en même temps.

Le 21 mai 2016 à Rio, Mina, une jeune Brésilienne de 16 ans s’est faite massacrée par un gang de jeunes hommes, mené par son ex. Une opération punitive, en quelque sorte. Sa liberté s’est arrêtée aux frontières de son sexe, une sentence sans équivoque : une femme ne choisit pas sa sexualité et son corps appartient à celle, virile des hommes, et de l’État qu’ils représentent. Le procès et l’exécution de la peine ont valu d’être filmés. Diffusés sur Twitter. À titre d’exemple, de leçon d’instruction civique, de manifeste. Comme en Inde, en Afrique du Sud, en Turquie, les femmes sont tellement devenues une menace pour l’ordre qu’elles sont ciblées. Et bien ciblées. Parfois tuées. Elles représentent les limites d’un État en situation d’impuissance, pour lequel chaque manifestation d’autonomie porte un coup à son fragile édifice. Elles incarnent une faille, par laquelle pourraient s’engouffrer les sans voix, abris, terre… Leur présence, à elle seule, démontre l’apathie du masculin, englué dans un patriarcat qui réclame force et autorité. Autant d’attributs que l’État, pour le moins corrompu et sexiste, et ses agents masculins, ont perdus en raison des multiples pressions mondialisées.

Alors, ces égarés du goût de l’autre, en situation défensive, agressent. Déploient la panoplie des violences. Le viol devient une arme de destruction massive pour celui qui la possède. Au Brésil, les militantes féministes mettent à bas une « culture du viol ». Tant mieux. Une façon de remettre la question de l’avortement sur le tapis. Eh oui ! Uniquement autorisé en cas de viol. La boucle est bouclée. Et l’appropriation du corps des femmes encore et toujours à l’ordre du jour. Alors pourquoi ne pas parler d’hégémonie, plutôt que de culture ?

Joelle Palmieri
8 juin 2016

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Comments
2 Responses to “Tunnels, tunnels…”
  1. a.veilhan dit :

    Enfin je peux te lire ma belle joelle! Meme sur mon portable bas de gamme. Bravo tres belle ecriture..ms le debut si dur(!)  que j’ai failli renoncer. La suite vaut la peine de continuer..gros bis agnes

    Envoyé depuis un mobi

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