Frontières, limites, cadres… liberté où es-tu ?

IMG_2490Les frontières. Physiques, virtuelles. Malgré la mondialisation et l’illusion de leur transcendance, elles n’ont jamais été aussi nombreuses. D’après Michel Foucher, à l’échelle de la planète, elles se mesurent en kilomètres : 250 000 dont 90 000 bâties depuis 1991. Elles sont censées symboliser l’existence d’États et garantir leur souveraineté. Aujourd’hui, elles isolent les uns des autres. Les civilisés des barbares. Les convaincus des sceptiques. Les alliés des ennemis. Les dominants des opprimés. Barbelés rivalisent avec murs, caméras ou capteurs de surveillance, drones d’observation, bras de mer sécurisés, données numériques contrôlées, pour mieux concrétiser ces territoires séparés et bien séparés. L’ordre du jour se veut sécuritaire, violent, délétère, dans le réel comme dans le virtuel, et l’effet ricochet se traduit par une collusion générale vers la perte de libertés. On rentre chez soi, car on s’y sent mieux. Toute intrusion est devenue menaçante. Seule compensation face à ce danger, à la peur : le repli identitaire. Son identité : la seule valeur à laquelle on peut vraiment se raccrocher. Et quand on nous donne la possibilité de l’exhiber, de la manifester, se rendre complice des idées toutes faites. Sinon se taire. En voulant contrôler sa vie, on en devient contrôlé. Le racisme ? Le sexisme ? L’homophobie ? Le fascisme ? Des mots, ceux des autres, épargnés qu’on est par ses nouvelles certitudes, si réconfortantes. Le bien commun ? La solidarité ? La paix ? La liberté ? Trop intellectuel, attachés qu’on est à la différence.

À propos du Brexit, Geneviève Fraisse évoque un « Dedans/dehors » ou inversement. Une sorte de balancier perpétuel qui isole les détenteurs de droits et les sans droits. Ce tangage est intériorisé, accepté, révélant une déchirure structurelle. L’humanité est fragmentée et avec elle la liberté. Les limites au pouvoir de chacun, les cadres, souvent déplacés mais persistants, les normes sociales, laissent des traces sur les murs. Ils circonscrivent des territoires visibles ou invisibles qui isolent ceux qui sont dedans et ceux qui sont dehors. Ils disciplinent l’espace et c’est reposant. Rassurant. Seul espoir de reconstituer du commun : ébaucher des lignes de fuite, ouvrir des perspectives, construire des parallèles.

Joelle Palmieri
6 juillet 2016

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