En avoir ou avoir peur de les perdre ?

IMG_3017.jpgDans la rue, un homme : « je suis contre l’égalité hommes/femmes car cela voudrait dire faire disparaître la dichotomie essentielle entre les sexes ». Devant un bâtiment en réfection, une femme : « pourquoi mettre en avant la policière municipale ? C’est discriminant pour les autres… ses collègues ; ils vont se sentir exclus ». Lors d’une rencontre socioculturelle, un homme : « si tu demandes la part d’hommes et de femmes dans la pratique de la randonnée, c’est que tu cherches des inégalités là où il n’y en a pas ; tout le monde marche, c’est tout, les enfants aussi ».

Vous dites dichotomie ? J’ai regardé dans le dictionnaire : ce mot signifie état de ce qui est coupé en deux ; méthode de division et subdivision binaire ; écart, différence entre deux réalités considérées dans un rapport antagonique. J’y vois plus clair : il n’y aurait donc que deux sexes, bien séparés et distincts, autrement dit à ne pas confondre, représentant deux mondes différents et il est essentiel d’opposer l’égalité à cette différence. Ah ! Ah ! Attention pas touche aux identités sexuelles ! Allons plus loin. Qu’est-ce donc que l’égalité ? Dictionnaire : étymologiquement, mot signifiant qualité de ce qui est égal, (mathématiques) expression qui désigne le même objet mathématique par deux écritures différentes, qui ne présente pas de différence quantitative. Égal ? : qui est semblable, soit en nature, soit en quantité, soit en qualité. On dirait bien que les linguistes ou les philosophes ont du boulot… Opposer égalité femmes-hommes et dichotomie des sexes, exemplarité d’un sexe et exclusion de l’autre sexe, égalité et fausses inégalités seraient un abus de langage ? Serait contradictoire ? N’aurait pas de sens ? Alors pourquoi tant de sincère et spontanée résistance dès que ces sujets sont abordés ? Je crains qu’elle ne soit tout simplement animée par la peur. La peur du changement, la peur que les hommes, pris comme une masse homogène indissociable, disparaissent sous la chape des femmes rendues publiques, la peur que les hommes soient dévalorisés, exclus de la procédure, qu’ils se transforment, deviennent des sous-hommes, pas assez différents, émasculés, pour tout dire. Réflexe de défense. Les puissants, soudain impuissants.

Pourtant, tous les jours, paradoxalement, la réalité délégitime cette peur. À la télévision, le démantèlement de Calais, la catastrophe ferroviaire au Cameroun, me donne à voir des images d’hommes, parfois d’enfants. Les commentaires affluent sur les nombres de victimes, de déplacés, sans pour autant qu’on sache, combien d’hommes et de femmes, de garçons et de filles, sont concernés. Surtout de femmes et de filles. Alors qui est exclus ? Qui n’est pas mis en avant, est discriminé ? Qui disparaît sous le flot des images, des discours et des articles de presse ? Qui meurt en marchant vers l’inconnu, sur des chemins semés de menaces sexuelles ? Qui fait les frais de cet universalisme dominant ? À défaut de culture de l’égalité – terminologie pseudo-féministe –, on vit bien l’indifférence et la banalisation de l’invisibilité des femmes, dont le président Erdogan a le mérite de nous rappeler qu’elles ne sont en rien là pour être égales mais bien pour être des mères qui allaitent les enfants de leurs époux, des hommes. Culture de l’invisible ?

Joelle Palmieri
27 octobre 2016

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