Un seul chiffre, un monde décadent

12 089. C’est le nombre de kilomètres que les participants du G20, présents à Buenos Aires en Argentine du 30 novembre au 1er décembre 2018, n’ont pas empruntés pour se joindre à Katowice en Pologne aux débats de la COP24[1]. Les tenants du commerce international[2] n’ont ostensiblement pas dénié faire le lien entre néolibéralisme débridé et changement climatique négligé. Mohammed Ben Salmane (MBS) a, pour sa part, bravé à peu près la même distance[3] pour fanfaronner avec ses vingt alliés (Trump, Poutine, Macron…), le tout sur fond d’affaire Khashoggi.

12 000. C’est aussi le nombre des seules grenades lacrymogènes tirées par les 4 000 CRS et autres forces de l’ordre rassemblés lors de la mobilisation des Gilets jaunes sur les Champs Elysées à Paris. C’est ensuite le nombre officiel[4] de personnes venues rejoindre la manifestation féministe contre les violences, à l’appel de #NousToutes, le même jour, dans la même ville. C’est aussi le nombre d’emplois supprimés par Bayer[5], géant allemand de la chimie et de la pharmacie qui vient de racheter Monsanto. C’est également le nombre de paysans indiens qui se sont suicidés depuis 2013 en raison des politiques du pays qui se sont traduites par une augmentation de la dette des agriculteurs[6]. C’est encore le nombre de migrants interpellés par la gendarmerie lors du premier semestre 2018 dans le seul département des Alpes-Maritimes en France. C’est aussi en cette fin d’année 2018 le nombre de migrants d’Amérique centrale résidant à Mexico et depuis le début de l’année celui que l’armée américaine est censée accueillir au sein de ses structures à la demande, le 28 juin dernier, du département américain de la sécurité intérieure qui met ainsi en œuvre la politique migratoire de Trump visant à étendre l’inclusion croissante des militaires dans ces dispositifs. C’est par ailleurs l’écart de salaire en livres sterling entre femmes et hommes cadres du Royaume Uni, constaté en hausse par une étude datant du dernier trimestre 2017. C’est en outre le nombre de femmes violées en l’espace d’à peine huit jours en Afrique du Sud. C’est enfin, et au hasard, le nombre d’habitants de la ville de Marly en France et la charge pondérale maximale autorisée aux poids lourds.

Libéralisation, mondialisation, dégraissage économique, destruction de l’environnement, répression, contrôle militaire et policier, discrimination, ségrégation, racisme, sexisme, déshumanisation, totalitarisme, domination se démontrent en cette seule année 2018 par ce chiffre, 12 000. Qui aurait cru à une si simple symbolisation de la décadence mondiale ?

Joelle Palmieri
6 décembre 2018

[1] Deux cents pays participent à la COP24 du 3 au 14 décembre dans le but de surmonter les divergences politiques liées à la lutte contre le réchauffement climatique par la réduction du recours aux énergies fossiles.

[2] Dix-neuf chefs de gouvernement, dont neuf d’Amérique du Nord, d’Australie, du Japon, de la Russie et de l’Union européenne et dix de pays dits émergents, et leurs invités FMI, Banque mondiale.

[3] 12 843 km séparent Riyad, capitale de l’Arabie saoudite, de Buenos Aires.

[4] 30 000 d’après les organisatrices.

[5] Annonce du 29 novembre 2018.

[6] Une manifestation réunissant à Delhi le 12 janvier 2018 plus de 50 000 paysans s’est fait écho de ce fléau.

Publicités
Comments
One Response to “Un seul chiffre, un monde décadent”
Trackbacks
Check out what others are saying...


Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :