Sous les réductions budgétaires, le sexisme d’État

IMG_3502Le 10 juillet 2017, Gérald Darmanin, ministre français de l’Action et des Comptes Publics, annonçait quelques chiffres (pas tous) visant une réduction du budget 2017 de 4,5 milliards d’euros[1]. En millions d’euros et dans l’ordre décroissant : 850 pour la Défense, 282 pour les Affaires étrangères, 268 pour l’Économie, 216 pour les Relations avec les collectivités territoriales, 160 pour la Justice, 60 pour la Présidence de la République, 75 pour l’Enseignement scolaire, 50 pour la Culture, 46,5 pour la Politique de la ville, 7,5 pour l’Égalité entre les femmes et les hommes. Quid de la santé, de la sécurité (police), de la recherche, etc. ? Les échos dans la presse concernant la baisse des dépenses militaires – le plus gros chiffre – ont fleuri. La baisse des crédits pour les droits des femmes – le plus ridicule – a fait l’objet de quelques manchettes, comme celles des collectivités territoriales, mobilisation associative oblige. Mais que disent vraiment ces chiffres ?

Commençons par les ratios réduction/budget alloué. La réduction du budget de l’égalité femmes/hommes représente 25,15% de son budget global[2], alors que celle de la Défense atteint 2,01%, ce qui représente la 7e position dans les missions touchées par les réductions, derrière la Présidence de la République (60%), l’Égalité entre les femmes et les hommes donc, l’Économie (11,66%), la Politique de la ville (11,17%), l’Action extérieure de l’État (9,32%), les Relations avec les collectivités territoriales (5,78%). Ajoutée à celles de la Politique de la ville et des Relations avec les collectivités territoriales qui touche particulièrement les associations de femmes (« populations vulnérables »), la baisse de crédits pour l’égalité entre les sexes s’avère alors très importante.

Ensuite, ramenée à la proportion de cette mission ministérielle au budget national (0,0067% et 6e taux le plus bas derrière le Haut Conseil des finances publiques, la Cour de justice de la République, le Conseil supérieur de la magistrature, le Conseil constitutionnel, les Appels en garantie de l’État (crédits évaluatifs) et devant notamment La Chaîne parlementaire, 0,0078%, ou encore la Sécurité et éducation routières, 0,0087%…), l’effort demandé est 12,5 fois supérieur à celui de la Défense (9,48%, 2e rang le plus élévé après l’Enseignement scolaire – défraiement du personnel inclus). Notons au passage que le plus gros effort est demandé à l’Elysée dont la part du budget global est plus de trois fois supérieure à celle de l’Égalité.

Ce décryptage arithmétique a le mérite de confirmer que ces arbitrages budgétaires ne sont en rien aveugles au genre, s’inscrivent en droite ligne de la disparition du ministère des Droits des femmes et pour l’Égalité femmes-hommes et de son allocation budgétaire infinitésimale. Il révèle un sexisme structurel du gouvernement en place, qui malgré quelques expérimentations rhétoriques ou représentatives, entend enrayer définitivement l’intégration du genre dans les politiques publiques (faute de budget), et dans un registre nettement moins institutionnel, vise la destruction pour cause de disparition des associations féminines ou féministes subventionnées. De plus, en orientant tous les projecteurs sur l’armée, le gouvernement français instaure un sexisme d’État, par non-dit interposé, qui ancre définitivement l’affrontement/antinomie entre militarisation de la société et émancipation des femmes. Les dominations conjuguées de sexe, de race, de classe (à mettre en relation avec la Politique de la ville), soutenues par le complexe militaro-industriel, vont continuer à se produire, en mode renforcé. Les résistances ou transgressions à ces dominations sont formellement ciblées même si cette stratégie demeure totalement implicite. Une veille sérieuse reste à entreprendre pour 2018.

Joelle Palmieri
3 août 2017

Tableau de référence

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[1] Le Parisien, « Le plan du gouvernement pour économiser 4,5 milliards d’euros », Propos recueillis par Matthieu Pelloli, 10 juillet 2017. http://www.leparisien.fr/economie/le-plan-du-gouvernement-pour-economiser-4-5-milliards-d-euros-10-07-2017-7124781.php.

[2] Projet de loi de finances pour 2017, renvoyé à la Commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire, présenté au nom de M. Manuel VALLS Premier ministre par M. Michel SAPIN Ministre de l’économie et des finances, et par M. Christian ECKERT Secrétaire d’État chargé du budget et des comptes publics, Assemblée nationale, Constitution du 4 octobre 1958 Quatorzième législature, Enregistré à la présidence de l’Assemblée nationale le 28 septembre 2016, N° 4061.

[3] Source : Projet de loi de finances pour 2017

[4] Source : Le Parisien, 10 juillet 2017

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